Actualité : Extinction de masse : les lacs salés incriminés

24/04/2009
Actualité
Écologie

Extinction de masse : les lacs salés incriminés

Les émissions gazeuses des micro-organismes des lacs salés auraient provoqué la plus importante extinction de masse jamais enregistrée sur notre planète.
Guillaume Jacquemont

Comment plus de 70 pour cent des espèces d'animaux et de plantes ont-elles pu disparaître à la fin du Permien, il y a 250 millions d'années ? Plusieurs causes possibles ont été évoquées, tels des éruptions volcaniques, des impacts d'astéroïdes ou la fonte des hydrates de méthane (glaces d'eau contenant du méthane, un gaz à effet de serre) présents en grande quantité au fond des océans. Une équipe internationale, coordonnée par Ludwig Weissflog, du Centre Helmholtz pour la recherche environnementale, à Leipzig, propose une nouvelle explication : des micro-organismes, à l'œuvre dans les mers et les lacs riches en sel, auraient libéré d'énormes quantités d'hydrocarbures halogénés (ou halocarbones), c'est-à-dire des composés organiques contenant un halogène, par exemple du chlore ou du fluor.


L'équipe de L. Weissflog a observé de tels processus dans les grands lacs salés de Russie et d'Afrique du Sud. Elle a ensuite déduit de ses mesures les émissions de la mer du Zechstein, une étendue d'eau presque aussi grande que la France, située à l'emplacement de l'actuelle Europe centrale il y a 250 millions d'années. Et le bilan est édifiant : à elle seule, cette mer émettait plus d'un million de tonnes de chloroforme par an, soit 20 fois les émissions industrielles mondiales actuelles de ce composé. S'y ajoutaient les émissions des autres hydrocarbures halogénés.


Or ces gaz entraînent une déshydratation des plantes, qui, en milieu aride, ne résistent pas. En conséquence, les déserts gagnent du terrain. De plus, l'un d'entre eux, le trichloréthane, détruit la couche d'ozone ; sa production industrielle a d'ailleurs été interdite par le protocole de Montréal en 1987. Sont-ils pour autant les seuls responsables des extinctions massives de la fin du Permien ? Les chercheurs pensent que les différents facteurs envisagés se sont peut-être combinés.


Pourquoi la production d'hydrocarbures halogénés s'est-elle soudain emballée pour atteindre un niveau critique ? À la fin du Permien, des phénomènes géologiques, notamment des éruptions volcaniques massives, auraient provoqué une augmentation du dioxyde de carbone dans l'atmosphère. Cette dernière aurait entrainé une hausse des températures, une progression des déserts et une multiplication des lacs salés. En conséquence, les émissions naturelles des hydrocarbures halogénés auraient augmenté, catalysant la désertification et aggravant les conséquences écologiques du changement climatique.

  • Imprimante
  • réagir à cet article
  • Bookmark and Share

Il y a 0 réaction(s) à cet article

>> Réagir à cet article
>> Revenir en haut de page
Extinction de masse : les lacs salés incriminés
© Dr. Karsten Kotte/Universität Heidelberg
Un lac salé du Botswana. A la fin du Permien, une étendue d’eau très salée similaire, la mer du Zechstein, occupait une surface équivalente à celle de la France, sur le mégacontinent de la Pangée.

à voir aussi


Les stomates sont de petits orifices présents sur les feuilles des plantes et destinés entre autres aux échanges gazeux. En bloquant leur fermeture, les hydrocarbures halogénés entrainent une plus grande évaporation d’eau qui peut causer une déshydratation fatale.

L'auteur

Guillaume Jacquemont est journaliste au magazine Dossier Pour la science.

Pour en savoir plus

-    L. Weissflog et al., Late Permian Changes in Conditions of the Atmosphere and Enviroments Caused by Halogenated Gases , Dokladi Earth Sciences, Vol. 424, No. 6, pp.818-823
-    Peter Ward, Un impact venu des profondeurs, Pour la Science N°349 - novembre 2006
-    Sébastien Steyer, Voyage au centre de la Pangée , Pour la Science N°378 - avril 2009
-    Richard Fortey, Les mille et une adaptations des trilobites , Pour la Science N°331 - mai 2005

Newsletter

Entrez votre e-mail pour vous abonner
  

Archives






Abonnements

- 12 numéros par an dont 1 spécial
+ 4 dossiers
- Le numéro en cours en pdf gratuit !
- L'accès intégral à vos magazines en ligne
- L'accès en ligne aux archives comprises dans vos abonnements

Seulement
76 euros

Pour la Science (12N°) + Dossiers (4N°) = 65 euros

Egalement en kiosque



Pour la Science n°394 - Les calmars géants

Cerveau & Psycho n°40 - Plongez zen !