Une étude des variations du génome mitochondrial de l'homme de Néandertal suggère qu'il existait trois sous-groupes au sein de l'aire de répartition néandertalienne.
François Savatier
Les Néandertaliens formaient-ils une population génétiquement homogène? Ou plutôt –parce que l'on sait qu'il existait des différences génétiques–, quelle était l'ampleur de cette diversité? Bien que les Néandertaliens aient commencé à se différencier en Europe il y a quelque 450000 ans, ils ne deviennent bien identifiables aux yeux de tous les préhistoriens qu'il y a environ 130000 ans. On les trouve ensuite tant au Proche Orient, qu'en Europe et en Asie occidentale. Sur le plan démographique, leurs populations étaient clairsemées, puisque l'ethnologie nous apprend que les populations de chasseurs-cueilleurs vivaient en petits groupes mobiles, résidant sur des territoires limités.
La doctorante Virginie Fabre, la généticienne des populations Anna Degioanni et la paléoanthropologue Silvana Condemi ont exploré cette diversité génétique au moyen de l'ADN dit mitochondrial (rappelons qu'il existe dans chaque cellule deux types d'ADN, celui présent dans le noyau cellulaire et celui présent dans des organites nommés mitochondries, transmis par la mère et qui produisent l'énergie des cellules).Les biologistes ont sélectionné une même séquence d'ADN mitochondrial chez 12 individus, la plus grande qui leur était commune (l'ADN a été prélevé sur des fragments d'os). Elles ont parallèlement construit des modèles démographiques de la population néandertalienne comportant de un à 12 sous groupes, et ont déduit de ces modèles des statistiques décrivant la diversité de l'ADN mitochondrial. Il s'avère que parmi les modèles possibles celui supposant l'existence de deux sous-groupes européens, l'un au Nord, l'autre au Sud et d'un sous groupe asiatique est le plus probable car il rend mieux compte des données génétiques observées. C'est aussi le plus compatible avec les différences morphologiques constatées sur les fossiles.
Que peut-on en conclure ? Que les mêmes forces évolutives se traduisent biologiquement de la même façon chez les Néandertaliens que chez les Sapiens. Rien de très étonnant, certes, mais confirmer par la biologie ce que la paléoanthropologie a pressenti puis soutenu depuis 150 ans n'a rien d'anodin. Cela prouve non seulement que les préhistoriens avancent dans la bonne direction mais inaugure aussi la paléobiologie néandertalienne : jusqu'à présent le séquençage de cette espèce du genre Homo n'avait été réalisé que pour comparer son génome avec celui de notre espèce. Des centaines d'individus néandertaliens restent à séquencer provenant d'Europe, d'Asie occidentale, mais aussi du Levant. Nul doute que les comparaisons génétiques révèleront d'intéressantes informations quant à la dynamique de la population néandertalienne depuis ses origines.