Beaucoup de lézards échappent à leurs prédateurs à l'aide d'un stratagème déconcertant : ils abandonnent leur queue et, en détournant l'attention de l'animal qui veut les manger, s'offre une chance de s'échapper. Ce phénomène, nommé autotomie caudale, est-il soumis à la pression de la prédation, c'est-à-dire est-il d'autant plus fréquent que les prédateurs sont nombreux ? C'est ce qu'ont voulu savoir Panayiotis Pafilis et Johannes Foufopoulos, de l'Université du Michigan, à Ann Arbor, aux États-Unis, ainsi que leurs collègues.
La perte de la queue n'est pas anodine pour le reptile. Elle perturbe sa locomotion, nuit à son statut social et ralentit la croissance de l'organisme dans son entier. Les herpétologues ont étudié des populations de 15 espèces de lézards en Grèce, sur le continent et sur plusieurs îles de la mer Égée. L'analyse a montré que le facteur déterminant de l'autotomie caudale est la présence de vipères, tandis que la nature des autres prédateurs (renards, rapaces, corbeaux...) importe peu. Pour quelle raison ? Le venin.
Quand le prédateur en est dépourvu, l'autotomie caudale est rarement utile. En revanche, lorsque le prédateur est venimeux, se débarrasser rapidement de la partie de son corps qui a été mordue est pour le lézard un avantage certain : le poison n'a pas le temps de parvenir jusqu'aux organes vitaux. Ainsi, sur les îles où les vipères sont absentes, les lézards ont perdu leur autotomie caudale. Ils seraient à la merci de serpents venimeux qui seraient introduits accidentellement.