Actualité : État de grâce

Actualités | 22/07/2010 | Réagir à cet article
  • Bookmark and Share
  • Imprimante

État de grâce

Quand des musiciens se surpassent, ils sont dans un état de « fluide psychologique ».

Sébastien BOHLER

Le coeur bat d'un rythme régulier, la tension artérielle diminue, la respiration se fait plus profonde, le visage se détend. C'est l'état de grâce du pianiste où toutes les difficultés techniques s'effacent, la concentration est à la fois intense et relâchée, tout semble fluide et naturel.

La notion de fluide psychologique a été explorée depuis une vingtaine d'années dans le domaine de la psychologie, notamment par un des grands spécialistes du bonheur, le Hongrois Mihaly Csikszentmihalyi. Il inaugura le concept de flux, état de conscience particulier qu'il qualifiait en ces termes : « ces grands moments de la vie surviennent quand le corps ou l'esprit sont utilisés jusqu'à leurs limites dans un effort volontaire en vue de réaliser quelque chose de difficile et d'important. L'expérience optimale est donc quelque chose que l'on peut provoquer. »

Des psychologues de l'Institut du cerveau de Stockholm ont demandé à des pianistes professionnels d'atteindre cet état de fluide psychologique. Ils devaient jouer cinq fois le même morceau, ce qui les conduisait à traverser des états plus ou moins poussés de « fluide ». Après chaque exécution, ils décrivaient leur expérience, et se prêtaient à des mesures physiologiques : tension artérielle, rythme cardiaque, contraction du grand muscle zygomatique et profondeur de la respiration. Il s'est avéré que l'intensité de la sensation vécue était reliée à une diminution de la pression artérielle, une régularisation du rythme cardiaque, une expression de sourire serein sur le visage et une respiration plus ample.

Ces signes physiologiques accompagnent souvent les états de relâchement obtenus par diverses techniques de relaxation ou de méditation. Dans le cadre des techniques méditatives, c'est la combinaison d'émotions positives et d'intense concentration qui produit ces effets bénéfiques en termes de bien-être, mais aussi pour la santé cardiovasculaire. La pratique de la musique, en mêlant les émotions et la focalisation de l'attention, entraînerait le corps et l'esprit sur la voie de ces moments que M. Csikszentmihalyi assimile au bonheur.


Discutez cet article

Il y a 1 réaction(s) à cet article>> Soumettre un commentaire
Jean-Philippe Posté le 22-08-2010 à 14:22:19
Bonne nouvelle !

Tout cela est excellent ! Merci pour cet article. :) Je pense qu'on peut étendre ce flow au-delà de la musique, à toutes sortes d'activités créatices qui nous plongent avec délice dans cet état d'esprit...


>> Revenir en haut de page
Galushko Sergey / Shutterstock
Galushko Sergey / Shutterstock

Pour en savoir plus

Ö. de Manzano et al., The psychophysiology of flow during piano playing, in Emotion, vol. 10, p. 301, 2010

L'auteur

Sébastien Bohler est journaliste à Cerveau&Psycho.
               

Archives






Newsletter

Entrez votre e-mail pour vous abonner
  

Abonnements

- 12 numéros par an dont 1 spécial
+ 4 dossiers
- Le numéro en cours en pdf gratuit !
- L'accès intégral à vos magazines en ligne
- L'accès en ligne aux archives comprises dans vos abonnements

Seulement
76 euros

alt

Egalement en kiosque



Pour la Science n°395 - Du relief pour les fractales

Cerveau & Psycho n°40 - Plongez zen !
Réalisé par Ecedi.