La théorie économique de la croissance s'applique mal à l'environnement : nos descendants seront plus riches que nous en biens industriels, pas en biens environnementaux.
Ivar EKELAND
Un consensus scientifique est établi autour de la réalité de l'effet de serre et de ses conséquences. Ce que j'en retiens est l'irréversibilité : même si l'on arrêtait aujourd'hui toute émission de CO2 dans l'atmosphère, il faudrait plusieurs millénaires pour que la concentration revienne à son niveau préindustriel de 280 parties par million (ppm). Elle est aujourd'hui égale à 370 ppm, et les scénarios conduisent à une concentration de 745 ppm à l'horizon 2100, soit un accroissement des températures moyennes de 2,7 à 4,7 degrés et une élévation de 15 centimètres à 1 mètre du niveau des mers.
L'effet de serre est essentiellement dû à l'accumulation dans l'atmosphère de sous-produits de l'activité industrielle et de la consommation humaine. Les émissions de CO2 sont le prix à payer pour notre niveau de vie actuel. Le bilan comporte des coûts et des avantages, et le problème est d'arriver à un compromis raisonnable, problème classique en économie publique. Quand on construit une route, il faut nuire à certaines personnes (les propriétaires qui vont être expropriés) pour en avantager d'autres (les usagers du nouveau moyen de communication) et il faut pondérer les pertes des uns contre les gains des autres : c'est le rôle du calcul économique. La difficulté propre à l'effet de serre est que nous recueillons aujourd'hui les avantages de l'industrialisation, alors que ce seront les générations futures qui souffriront du réchauffement. Le calcul économique doit confronter nos intérêts à ceux de personnes dont les grands-parents ne sont pas encore nés !
Ceux qui ne sont pas nés ne votent pas et une première possibilité est de ne pas en tenir compte : faisons ce qui nous chante maintenant, et laissons nos descendants se débrouiller. C'est la position « Après moi le déluge ». Je ne connais personne qui la défende ouvertement. Ce qui se fait plutôt est d'affecter les...