Près de dix millions de kilomètres carrés, 18 fois la surface de la France continentale, 6,6 pour cent de l'ensemble des terres émergées du globe, voilà ce que représentent les îles maritimes, selon une étude menée par l'équipe Écologie des invasions biologiques de l'inra. Cette étude, toujours en cours, a compté toutes les îles de superficie supérieure à 175 mètres carrés ; elle exclut l'Australie (qui couvre plus de 7,5 millions de kilomètres carrés), considérée ici comme un continent. En l'état, elle dénombre un peu plus de 180 000 îles. Les dix plus vastes, comme le Groenland, Madagascar ou la Grande-Bretagne, totalisent à elles seules environ six millions de kilomètres carrés. Les autres îles, c'est-à-dire la quasi-totalité en nombre, n'occupent plus que 2,6 pour cent de la superficie des terres émergées.
Deux tiers des littoraux de la planète
Si leur surface confère aux îles une importance modeste, leur longueur de littoral leur attribue une place majeure. En effet, cette longueur représente 1,1 million de kilomètres, soit deux fois plus que celle des continents. Les îles recèlent donc les deux tiers du riche et singulier écotone mer/terre du globe – un écotone étant une zone de transition entre deux écosystèmes. Du fait de la combinaison d'une faible surface émergée et d'une forte longueur de littoral, une grande fraction des écosystèmes insulaires terrestres dépend des apports organiques marins. Après nous être intéressés à l'histoire de ces écosystèmes originaux, nous verrons de quelle façon ils sont affectés par les invasions biologiques et comment les en protéger.
Le milieu aqueux salé constitue pour nombre d'espèces terrestres et d'eau douce une barrière infranchissable. Cependant, l'isolement de beaucoup d'îles est récent, à l'échelle des temps géologiques. On distingue trois...