Près de deux tiers de la population mondiale vit à moins de 80 kilomètres des côtes. Une telle présence n'est pas sans conséquence : la pêche, l'aquaculture, les aménagements littoraux, mais aussi la pollution, menacent les écosystèmes marins en zone côtière. Bien que moins médiatisées, les introductions d'espèces exotiques sont aussi un risque majeur pour la biodiversité et le fonctionnement de ces écosystèmes. L'algue Caulerpa taxifolia, par exemple, a complètement transformé le paysage sous-marin de certaines régions méditerranéennes. L'impact peut également être économique : venu de l'Atlantique Nord, le cténophore Mnemiopsis leidyi, un organisme à l'allure de méduse friand de zooplancton, a ainsi été introduit dans la mer Noire et est entré en compétition pour la nourriture avec les anchois, dont il a fait chuter la population ; le coût pour les pêcheries locales est estimé à 350 millions d'euros. Enfin, certaines espèces invasives marines, notamment les espèces phytoplanctoniques toxiques, affectent la santé humaine.
Les processus d'introduction par des transferts longue distance, intentionnels ou accidentels, court-circuitent les phénomènes naturels de dispersion des espèces. Ces processus existent-ils depuis que l'homme traverse les océans ? L'absence d'inventaires faunistiques et floristiques anciens ne permet pas d'estimer quantitativement l'importance des transferts passés, mais des études suggèrent quelques cas d'introductions anciennes, comme celle du mollusque Mya arenaria, ramené en Europe par les navires vikings de retour d'Amérique. Depuis la fin du xixe siècle, en revanche, des inventaires menés dans de nombreuses régions côtières fournissent une ample documentation. Celle-ci révèle une augmentation rapide du nombre d'espèces marines introduites et invasives. Le long des côtes...