Aux laboratoires de recherche Thomas J. Watson de la Société ibm, Charles Bennett a la réputation d'un brillant théoricien. La distraction que l'on associe souvent à de tels individus l'a d'ailleurs conduit un jour à transformer une bouilloire verte en un nouveau modèle rouge, tant elle est restée sur une gazinière allumée. De quoi s'occupait-il pendant cette « expérience » ? Sans doute de cryptographie quantique, un domaine dont il est un des pères. En effet, en 1989, avec ses collègues John Smolin et Gilles Brassard, il a démontré la faisabilité d'un nouveau type de cryptographie fondé sur les règles du monde quantique.
Les 30 premiers centimètres
Dans leur expérience, des photons ont parcouru 30 centimètres à l'intérieur d'une boîte nommée « cercueil de tante Martha ». Ces photons étaient le support de bits quantiques, des qubits, dont les valeurs, 0 et 1, correspondaient à des directions de polarisation distinctes. Ces qubits photoniques constituaient une clef cryptographique, supposée inviolable, qui pourrait être utilisée pour coder et déchiffrer des messages. Le secret de l'inviolabilité de cette clef est fondé sur un des piliers de la mécanique quantique, le principe d'Heisenberg, selon lequel la mesure d'une propriété d'un système quantique perturbe celle d'une autre qui est conjuguée à la première. Tout espion qui tenterait d'intercepter ne serait-ce qu'une partie de la clef l'altérerait d'une façon détectable.
Aujourd'hui, les systèmes de cryptographie quantique ont quitté les paillasses des laboratoires et sont désormais à la disposition de qui veut profiter d'échanges parfaitement sécurisés. Cette nouvelle méthode de cryptographie est la première retombée...