Apparu en Gaule vers –300, l'usage de la monnaie y reste parcellaire jusqu'à la fin du iiie siècle avant notre ère. Il connaît ensuite un essor considérable.
Pierre-Marie GUIHARD
«Des idéogrammes désaccordés. » Dans
Les Voix du silence, André Malraux décrit par cette formule l'étrange beauté des monnaies gauloises, ornées de représentations déformées qui tranchent avec le naturalisme grec. Longtemps considérées comme « barbares », ces représentations sont aujourd'hui appréciées à leur juste valeur artistique (voir
Loin du réalisme grec, un art véritable, par Laurent Olivier, dans ce dossier) : grâce à la révolution du regard engagée par le cubisme, l'œil s'est ouvert à la lumière particulière du « génie gaulois », selon l'expression d'André Breton.
La valeur artistique n'est pas le seul intérêt des monnaies gauloises. En effet, celles-ci nous renseignent sur les systèmes socio-économiques dans lesquels elles sont utilisées. Ces dernières années, la multiplication des découvertes a mis en évidence des usages complexes, qui n'ont rien à envier à ceux des grandes civilisations de l'Antiquité.
Des origines méditerranéennes
L'origine des monnaies gauloises est à rechercher du côté de la Méditerranée. L'inspiration graphique des premières d'entre elles le prouve : elles imitent des modèles grecs. Dès la fin du ive siècle avant notre ère, en Cisalpine, les Gaulois transpadans (Nord du Pô) inaugurent ces copies, en s'inspirant de la drachme d'argent de Massalia. De l'autre côté des Alpes, en Gaule Transalpine, les monnaies imitent le statère d'or de Philippe II de Macédoine ; elles influenceront notablement les émissions des siècles suivants. Principalement retrouvées dans les grandes vallées (Rhin, Meuse, Moselle…), elles auraient été frappées à partir des années –270. Elles conservent non seulement les sujets, c'est-à-dire la tête d'Apollon au droit et le char tiré par deux chevaux au revers, mais aussi la légende grecque au nom de Philippe II et le poids de huit grammes. Un tel degré de...