En kiosque

Dossier Pour la Science N°66 - janvier - mars 2010

fondamental
Informatique

Internet, un auxiliaire de la démocratie ?

Internet, en permettant à chacun de s'exprimer comme il l'entend et de s'informer auprès de multiples sources, favorise-t-il le débat démocratique ? La réponse est à nuancer, mais il autorise indéniablement de nouvelles formes démocratiques.

Patrice FLICHY

Depuis qu'Internet est sorti des laboratoires et a conquis le grand public dans les années 1990, une controverse réapparaît régulièrement : favorise-t-il le débat démocratique ? Cette discussion a connu un regain d'actualité depuis l'apparition des blogs et des applications du Web dit 2.0 grâce auxquels les internautes s'expriment encore plus facilement que précédemment. De fait, à l'inverse de la radio ou de la télévision, Internet met à égalité l'émetteur et le récepteur : ce serait donc l'outil idéal pour que le citoyen intervienne à sa guise dans le débat public. Qu'en est-il vraiment ? Plusieurs études s'y sont intéressées et nous en décrirons plusieurs de façon à répondre à diverses questions. Internet reproduit-il la concentration des médias traditionnels ou autorise-t-il de nouveaux acteurs à prendre la parole ? Le nouvel univers électronique favorise-t-il la délibération démocratique ou conduit-il à un morcellement des opinions publiques ? Internet est-il adapté aux nouveaux modes d'engagement citoyen ?

Agora ou confusion ?

Au début des années 1990, Internet fut présenté comme une nouvelle agora électronique. Le journaliste Howard Rheingold, le premier à populariser ce nouvel outil, y voyait un dispositif capable de revitaliser la démocratie. Cette vision sera plusieurs fois reprise, notamment par Al Gore, alors vice-président des États-Unis.

On distingue deux façons de l'envisager : le prolongement des formes de démocratie de base déjà existantes ou bien une innovation qui permet de s'affranchir des médias de masse unilinéaires et de développer au niveau national une inédite démocratie participative.

À la fin des années 1990, la démocratie Internet fut surtout expérimentée au...

Lire la suite de cet article


Acheter cet article    Voir les offres d'abonnements

(accès immédiat)

Vous êtes abonné ou vous avez déjà acheté cet article ? >> IDENTIFIEZ-VOUS
(formulaire en haut à droite de cette page)

  • Imprimante
  • Bookmark and Share

Il y a 2 réaction(s) à cet article

>> Réagir à cet article
Jean-Yves Creusot Posté le 27-01-2010 à 18:25:34
On sait que Google ...

Bonjour, j'ai lu votre article avec beaucoup d'intérêt mais j'ai tout de même 2 petites remarques à vous soumettre : Vous écrivez : "On sait notamment que Google classe les sites proposés lors d'une recherche en fonction du nombre de liens hypertextes reçus par ces sites." M'occupant de référencement de sites internet, je serais plutôt tenté de dire que le nombre des liens est important pour le positionnement d'un site internet, mais il est aventureux voir inexact de dire que Google classe les résultats en fonction du nombre de liens. L'utilisation du "on sait que" est peut-être appropriée dans les discours politiques, mais beaucoup moins dans les revues scientifiques, me semble-t-il. "Cette situation « où le gagnant prend tout » a été repérée par un certain nombre d'économistes qui expliquent de cette façon le succès d'entreprises high-tech comme Amazon ou Facebook (voir Faire fortune avec les longues traînes, par J.-P. Delahaye, page 102)." La longue traîne est plutôt bénéfique à ceux qui se placent dans des niches, c'est à dire avec peu de concurrence et peu de liens provenant de l'extérieur. Cordialement


Réponse de Patrick Flichy Posté le 01-02-2010 à 15:59:01
Des références

Vous avez tout à fait raison sur le fait que le référencement des sites par Google est complexe et dépend de plusieurs facteurs. Néanmoins la concentration que j'évoque n'est pas une approximation de sociologue, comme vous sembler le laisser entendre, mais a été analysé pas plusieurs auteurs. Voici la référence de l'un de ces articles : M. Hindman, K. Tsiousiouliklis et J. Johnson, (2003), "Googlearchy : How a few heavily-linked sites dominate politics online", in Midwest Political Science Association, 2003.

Quant à votre deuxième remarque, mon propos n'est pas la question de la longue traîne qui a été un des facteurs de réussite d'Amazon, en lui donnant, comme vous le dites très bien, une situation de monopole sur un marché de niche, mais un autre phénomène qu'on trouve sur eBay, Facebook ou même Wikipedia, dans le domaine non marchand qui est le "winner take all system", c'est-à-dire "le gagnant prend tout".


>> Revenir en haut de page

Shutterstock/Dariusz Urbanczyk

LE RÉFÉRENDUM DE 2005 sur la Constitution européenne a opposé les partisans du oui,
qui ont eu accès aux médias classiques, aux tenants du non qui ont surtout eu recours à Internet pour diffuser leurs idées.

L'auteur

Patrice FLICHY travaille au Laboratoire techniques, territoires et sociétés (umr 8134 - cnrs, enpc, upemlv) à l'Université Paris-Est, Marne-la-Vallée.

Pour en savoir plus

P. Flichy, Internet et le débat démocratique, in Réseaux, n° 150, pp. 159-185, 2008.

Newsletter

Entrez votre e-mail pour vous abonner
  

Archives






Abonnements

- 12 numéros par an dont 1 spécial
+ 4 dossiers
- Le numéro en cours en pdf gratuit !
- L'accès intégral à vos magazines en ligne
- L'accès en ligne aux archives comprises dans vos abonnements

Seulement
76 euros

Jeux concours carrés magiques : enigmes 1 et 2

Egalement en kiosque



Pour la Science n°394 - Les calmars géants

Cerveau & Psycho n°40 - Plongez zen !
Réalisé par Ecedi.