Au xixe siècle, les planteurs de canne à sucre de Jamaïque étaient victimes des rats, introduits par les Européens, qui ravageaient leurs récoltes. Ils eurent donc l'idée de lutter contre cette invasion en introduisant un prédateur vorace, la fourmi de feu tropicale (Solenopsis geminata), connue pour détruire les nids de rats. Malheureusement, cette fourmi ne menaça pas les rats et leur préféra le reste de la faune jamaïquaine, constituée d'espèces qui n'étaient absolument pas adaptées à lutter contre ce prédateur inédit. L'insecte proliféra sur l'île sans régler le problème des rats, si bien qu'on importa des furets pour éliminer les rats. Nouvel échec, et nouvelle espèce envahissante sur l'île. Pour combattre les rats et les fourmis, on importa alors le crapaud-buffle (Bufo marinus), un énorme batracien venimeux qui devait régler rapidement leur compte aux espèces introduites. Peine perdue, le nouveau venu n'était pas plus efficace contre les envahisseurs… et colonisa l'île à son tour.
Ultime recours contre la panoplie d'espèces envahissantes, les mangoustes, réputées excellentes prédatrices pour les petits mammifères, les reptiles et les amphibiens. Enfin un succès ? Pas du tout, les mangoustes se détournèrent des espèces introduites et s'attaquèrent aux espèces locales, des proies plus faciles sur une île au départ sans prédateur.
Les rats, quant à eux, apprirent à éviter les mangoustes en vivant dans les arbres, et y pullulèrent en se nourrissant des oiseaux qui y avaient trouvé refuge. De leur côté, les mangoustes éliminèrent quantité de reptiles, d'oiseaux et de petits mammifères, tandis que les fourmis de feu et les crapauds-buffles continuèrent leurs dégâts sur cette île.
Ce petit manège aurait pu durer longtemps, si les mangoustes n'avaient pas apporté la rage. On décida...