Les îles sont des écosystèmes notablement fragiles et donc vulnérables aux perturbations, et en particulier aux invasions biologiques (voir Dans les îles, éradiquer pour protéger ?, par M. Pascal, O. Lorvelec et J.-L. Chapuis, page 50). Or les caractéristiques insulaires, telles que l'endémisme et une faible diversité de la faune et de la flore, sont particulièrement marquées dans les îles subantarctiques, ces terres situées autour de l'Antarctique dans les océans Atlantique, Indien et Pacifique. Leur éloignement ne les protège pas, et ces îles offrent des situations privilégiées pour l'étude des conséquences des changements climatiques et des invasions biologiques sur les milieux terrestres. L'archipel Crozet et les îles Kerguelen, situés dans le Sud de l'océan Indien, sont à cet égard exemplaires.
Des îles modèles
D'origine volcanique et anciennes, Crozet et Kerguelen sont des îles « vraies », c'est-à-dire qu'elles n'ont jamais été en contact avec les continents, dont elles sont éloignées de plusieurs milliers de kilomètres. Cet isolement géographique et les conditions climatiques rigoureuses expliquent le peu d'espèces animales et végétales présentes. On connaît ainsi seulement 22 espèces de plantes à fleurs autochtones à Kerguelen et 16 à Crozet (la
flore française métropolitaine compte près de 3 000 espèces), et une trentaine d'espèces indigènes d'invertébrés (insectes, vers de terre, araignées…). Certaines plantes telles que le chou de Kerguelen (Pringlea antiscorbutica) et Colobanthus kerguelensis ont une distribution limitée au Sud de l'océan Indien (îles Crozet, Kerguelen, Marion et Heard). D'autres ont une répartition plus étroite encore, telle Lyallia kerguelensis qui se trouve uniquement à Kerguelen. L'endémisme est plus prononcé chez les invertébrés : à Crozet, 55 pour cent des invertébrés autochtones ne se rencontrent que...