fondamental -
Écologie
Invasions au-delà des 40èmes rugissants
Malgré leur isolement et leurs conditions climatiques rigoureuses, les îles subantarctiques, telles Crozet et Kerguelen, ne sont pas protégées des espèces invasives. Qui plus est, le réchauffement climatique les rend encore plus vulnérables.
Marc LEBOUVIER, Jean-Louis CHAPUIS et Yves FRENOT
Les îles sont des écosystèmes notablement fragiles et donc vulnérables aux perturbations, et en particulier aux invasions biologiques (voir Dans les îles, éradiquer pour protéger ?, par M. Pascal, O. Lorvelec et J.-L. Chapuis, page 50). Or les caractéristiques insulaires, telles que l'endémisme et une faible diversité de la faune et de la flore, sont particulièrement marquées dans les îles subantarctiques, ces terres situées autour de l'Antarctique dans les océans Atlantique, Indien et Pacifique. Leur éloignement ne les protège pas, et ces îles offrent des situations privilégiées pour l'étude des conséquences des changements climatiques et des invasions biologiques sur les milieux terrestres. L'archipel Crozet et les îles Kerguelen, situés dans le Sud de l'océan Indien, sont à cet égard exemplaires.
Des îles modèles
D'origine volcanique et anciennes, Crozet et Kerguelen sont des îles « vraies », c'est-à-dire qu'elles n'ont jamais été en contact avec les continents, dont elles sont éloignées de plusieurs milliers de kilomètres. Cet isolement géographique et les conditions climatiques rigoureuses expliquent le peu d'espèces animales et végétales présentes. On connaît ainsi seulement 22 espèces de plantes à fleurs autochtones à Kerguelen et 16 à Crozet (la
flore française métropolitaine compte près de 3 000 espèces), et une trentaine d'espèces indigènes d'invertébrés (insectes, vers de terre, araignées…). Certaines plantes telles que le chou de Kerguelen (Pringlea antiscorbutica) et Colobanthus kerguelensis ont une distribution limitée au Sud de l'océan Indien (îles Crozet, Kerguelen, Marion et Heard). D'autres ont une répartition plus étroite encore, telle Lyallia kerguelensis qui se trouve uniquement à Kerguelen. L'endémisme est plus prononcé chez les invertébrés : à Crozet, 55 pour cent des invertébrés autochtones ne se rencontrent que...
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Yves Frenot
A port couvreux dans l’archipel des Kerguelen, des graminées introduites se reproduisent de façon végétative (les tâches circulaires). Le réchauffement actuel, en permettant la production de graines viables par ces espèces, augmente la menace sur les plantes autochtones tels le chou de Kerguelen Pringlea antiscorbutica, Colobanthus Kerguelensis et Acaena magellanica.
L'auteurMarc LEBOUVIER umr 6553 Écobio, cnrs Université de Rennes 1, station biologique, Paimpont.
Jean-Louis CHAPUIS umr 7204 cersp-mnhn-cnrs-p6, Muséum national d'histoire naturelle, Paris.
Yves FRENOT Institut polaire français Paul-Émile Victor (ipev), Brest. Pour en savoir plus• Y. Frenot et al., Biological invasions in the Antarctic : extent, impacts and implications, in Biological Reviews, vol. 80, pp. 45-72 2005.
• J.-L. Chapuis et al., Recovery of native plant communities after eradication of rabbits from the subantarctic Kerguelen Islands, and influence of climate change, in Biological Conservation, vol. 117, pp. 167-179, 2004.
• K. Gaston et al., Rates of species introduction to a remote oceanic island, in Proceedings of the Royal Society B, vol. 270, pp. 1091–1098, 2003.
• Y. Frenot, J.-L. Chapuis et M. Lebouvier, La biodiversité dans les îles subantarctiques, in Pour la Science, n° 285, pp. 36-41, juillet 2001.
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