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Dossier Pour la Science N°65 - octobre - decembre 2009

fondamental
Écologie

Invasions biologiques : au carrefour entre écologie et évolution

Loin d'être une impasse évolutive, l'introduction d'une espèce lui offre de nombreuses occasions d'évoluer et parfois d'accroître sa diversité génétique. L'invasion peut également stimuler les espèces locales qui, « dérangées », acquièrent de nouveaux caractères.

Patrice DAVID et Benoît FACON

L'invasion biologique est un événement démographique qui consiste en l'expansion numérique et spatiale rapide d'une espèce hors de son environnement initial. Les conséquences économiques et écologiques de ces invasions sont étudiées depuis longtemps, mais leur analyse sous le prisme de l'évolution a été négligée jusqu'à récemment, et ce pour plusieurs raisons. D'abord, l'incompatibilité des échelles de temps écologique et évolutive : l'évolution était synonyme d'un processus lent et majestueux, comparé auquel une invasion biologique se déroulait à une vitesse fulgurante. Ensuite, les biologistes voyaient dans les populations invasives des groupes génétiquement appauvris soit, en d'autres termes, des impasses évolutives. Enfin, on pensait qu'une invasion n'a que des effets négatifs sur la biodiversité : sans évolution, l'invasion conduit au mieux à l'occupation de nouveaux sites par une espèce, au pire à l'élimination des espèces résidentes.

Cette vision est mise à mal depuis les années 1990 et la découverte de plusieurs exemples où l'évolution apparaît beaucoup plus dynamique qu'on ne l'imaginait. Les espèces changent sous nos yeux, en temps réel, souvent au gré des modifications de l'environnement. Or les invasions biologiques créent de telles modifications et sous-tendent de nombreux cas d'évolution contemporaine in natura.

Nous verrons sur quels arguments se fondait l'idée qu'une invasion est une impasse évolutive, puis nous décrirons des résultats récents qui montrent non seulement que les populations invasives ne sont pas toujours génétiquement appauvries, mais aussi que l'invasion peut favoriser les changements évolutifs rapides chez les espèces invasives elles-mêmes ou chez les espèces résidentes qu'elles rencontrent.

L'idée d'un appauvrissement génétique des populations invasives a été proposée au début du

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André Guyard Posté le 07-12-2009 à 14:49:19
Introduction de Melanoides tuberculata en Martinique

Bonjour, Dans l'encadré p. 66 "Changements évolutifs et invasions" vous dites que Melanoides tuberculata a été introduit en Martinique dans les années 1930. Ayant travaillé dans cette île sur les mollusques vecteurs de la Bilharziose en collaboration avec J.-P. Pointier, je n'ai rencontré cette espèce qu'après 1976. Les auteurs pourraient-ils préciser les références des articles qui situent l'apparition de M. tuberculata en Martinique dans les années 1930 ?


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D.Reed

Le serpent arboricole Boiga irregularis est un prédateur invasif qui a entraîné l’extinction de plusieurs espèces de vertébrés sur l’île de Guam, dans le Pacifique, où il a été introduit accidentellement dans les années 1950 par des bateaux américains. Le reptile, originaire de Nouvelle-Guinée, a trouvé des proies (oiseaux, reptiles, mammifères) qui n’avaient jamais connu de prédateurs. Plus d’une dizaine d’espèces d’oiseaux endémiques, dont le gobe-mouches de Guam Myiagra freycineti et le râle de Guam Gallirallus owstoni ont alors disparu en moins de 15 ans. Pour autant, les serpentsn’ont pas disparu faute de proies : ils se sont tournés vers d’autres espèces introduites, qui dotées d’une expérience de la prédation, sont plus difficiles à chasser. La situatiion actuelle est donc un équilibre entre espèces introduites, où la faune endémique d’origine ne persiste qu’à l’état de traces.

L'auteur

Patrice DAVID est responsable de l'équipe Génétique et dynamique des populations, au Centre d'écologie fonctionnelle et évolutive (cnrs umr 5175), à Montpellier.

Benoît FACON est chargé de recherche au Centre de biologie et de gestion des populations, à Montferrier-sur-Lez (inra-cirad-ird-Montpellier SupAgro).

Compléments

Effet fondateur


Changements évolutifs et invasions


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