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Dossier Pour la Science N°63 - avril - juin 2009

entretien
Neurobiologie

L'acquisition de l'empathie

Nos lointains ancêtres reptiles s'émouvaient peu de la douleur de leurs congénères. Pourtant, nous y sommes devenus sensibles : nous partageons naturellement les émotions des autres, une faculté que l'on nomme empathie. Comment l'avons-nous acquise ?
Entretien avec Jean Decety. Propos recueillis par Guillaume Jacquemont.

De quand date le concept d'empathie ?

J. Decety : Le mot lui-même date du xixe siècle et nous vient de la philosophie esthétique allemande (c'est une traduction de Einfühlung), en particulier de Robert Vischer. Il désigne alors une forme de compréhension intuitive d'une œuvre d'art. Theodore Lipps en Allemagne, puis Edward Titchener en Angleterre, font ensuite glisser son sens vers la psychologie.

Mais la véritable origine du concept, sous-tendue par une vision naturaliste des phénomènes psychologiques, dérive de ce que la philosophie des Lumières écossaise nommait « sympathie ». David Hume, dans son Traité de la nature humaine (1740), et Adam Smith en 1759 décrivent celle-ci comme un moyen naturel de communication, qui nous permet de partager les sentiments des autres lorsque nous les observons, de ressentir leur peine lorsqu'ils souffrent, leur joie lorsqu'ils réussissent. C'est cette définition que retiendront, pour le terme d'empathie, les neurosciences, la psychologie du développement et la psychologie sociale.

Les animaux éprouvent-ils aussi de l'empathie ?

J. Decety : Oui, et Darwin l'avait d'ailleurs noté, en pointant une certaine continuité entre les animaux et les hommes dans l'expression des émotions et les manifestations d'empathie (qu'il appelait sympathie, comme les philosophes écossais). L'espèce humaine n'est pas la seule à ressentir des émotions, à les communiquer, et à répondre à celles des autres. Cette capacité serait partagée par tous les mammifères.

En laboratoire, on utilise beaucoup les rongeurs pour étudier les mécanismes neuro-hormonaux impliqués dans l'empathie. Sue Carter, de l'Université de l'Illinois, s'est focalisée, chez les campagnols, sur l'ocytocine et la vasopressine (des hormones synthétisées dans...

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Jean Decety

L'auteur

Jean DECETY EST professeur de psychologie et de psychiatrie à l'Université de Chicago.

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