Aujourd'hui, la conception d'une habitation par un architecte est formulée par le commanditaire le plus souvent de la façon suivante : « j'aimerais trois chambres, tant de mètres carrés, une cuisine séparée, etc. » En outre, la disposition des structures porteuses dicte souvent sa loi à l'ensemble, le futur immeuble, que les concepteurs pensent avant tout dans sa globalité. Les architectes François Roche et Stéphanie Lavaux, de l'agence R&Sie(n), ont voulu s'affranchir de ces règles et, pour ce faire, se sont associés, avec leurs collègues, à différents scientifiques, notamment François Jouve, professeur de mathématiques à l'École normale supérieure, à Paris, et Mark Kendall, de l'Université du Queensland, en Australie. Après cinq années de travaux, ils présentent l'état de leurs avancées qui renversent le processus habituel : la forme de l'immeuble n'est pas prédéfinie.
D'abord, l'espace d'habitation, l'« appartement », est élaboré à partir de diverses sources : une série d'entretiens avec le futur acquéreur, ainsi que des mesures de certains de ses paramètres physiologiques, tels les concentrations sanguines de molécules (adrénaline, cortisol...). De ces éléments sont mis en évidence des « malentendus », des sortes d'hésitations sur des souhaits, par exemple, « j'aimerais ceci, mais pas nécessairement... ».
Ces malentendus sont ensuite traités à l'aide d'outils mathématiques issus de la théorie des ensembles (appartenance, inclusion, intersection...) de façon à définir une zone habitable (voir la figure a). Le calcul mis en œuvre tient compte également des relations de voisinage. Cette méthode, à l'inverse du formatage standard de l'habitat, permet d'offrir une proposition en accord avec les désirs avoués... et ceux qui ne le sont pas.