Les êtres vivants n'ont pas attendu l'homme pour voyager. Certaines invasions biologiques résultent de processus strictement naturels. Prenons l'exemple de l'île de la Grande-Terre, en Nouvelle-Calédonie, qui abrite une diversité exceptionnelle d'espèces animales et végétales. Cette île a été totalement submergée par l'océan pendant le Paléocène, il y a environ 60 millions d'années, et ceci jusqu'à la fin de l'Éocène, il y a 35 millions d'années. Son peuplement végétal et animal actuel s'est donc mis en place après son émergence et résulte de sa colonisation par des espèces en provenance d'Australie, de Mélanésie et de Nouvelle-Zélande.
Toutefois, depuis déjà plusieurs millénaires, l'homme joue un rôle majeur de propagateur d'espèces, faisant franchir à certaines d'entre elles des barrières qui leur étaient étanches par le passé. Ce rôle est clairement identifié dans le premier livre dédié aux invasions biologiques, The Ecology of Invasions by Animals and Plants, publié par Charles Elton il y a une cinquantaine d'années.
Depuis cet ouvrage fondateur, notre perception de la variété et de l'importance des impacts dus aux invasions s'est aiguisée. Aux travaux des archéologues, des biogéographes et des écologistes se sont ajoutés des études relevant de domaines très divers, comme le droit, l'économie ou la sociologie. Parlent-ils tous de la même chose ? Avant de dresser un panorama historique du rôle de l'homme dans les invasions biologiques, nous proposerons une définition de celles-ci, que nous appliquerons à un exemple illustrant l'intérêt de la démarche pluridisciplinaire en la matière.
La question, simple en apparence, a de multiples enjeux et suscite actuellement des débats animés. Les scientifiques doivent en effet définir les contours de leur étude, tout comme les juristes, qui cherchent à réguler les activités entraînant des invasions...