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Pour la Science N°390 - avril 2010

synthese

La dame de Cao

La découverte d'une tombe de la civilisation des Mochicas ouvre un nouveau chapitre de l'archéologie précolombienne : la femme qui l'occupe dirigeait probablement son peuple au début de notre ère.

Régulo Franco Jordán

Sur la côte Nord du Pérou, au début de notre ère, la civilisation des Mochicas s'est développée, avant celle des Chimú et celle bien connue et plus vaste des Incas. En cinq siècles (du iiie au viiie siècles), le peuple mochica conquit un territoire de plusieurs centaines de kilomètres, où apparaissent des pyramides, nommées huacas, en briques de terre crue, sièges des centres cérémoniels, du pouvoir politique et des instances religieuses. C'était une société hiérarchisée aux ressources humaines et techniques importantes.

Les Mochicas considéraient la mort comme un prolongement de la vie, de sorte que les nombreux vestiges, notamment les fresques et les céramiques, présents dans le monde des défunts témoignent de la vie de ce peuple. En 1899, les premières traces de cette culture furent mises au jour sur le site de la Huaca de la Luna, dans la vallée du Moche. Puis on trouva en 1987 la sépulture intacte du seigneur de Sipán, qui constitue l'apogée de l'archéologie péruvienne. La réputation des Mochicas repose sur des représentations de combats, de défilés de prisonniers et de sacrifices humains : ils étaient considérés comme particulièrement cruels. Des recherches supplémentaires ont dévoilé plusieurs tombes de notables, par exemple à la Huaca de la Luna et à la Huaca El Brujo dans la vallée de Chicama.

C'est sur ce dernier site que nous avons découvert en 2004, pour la première fois, la tombe d'une reine : la dame de Cao. Or une tombe est un lieu de prédilection pour entrevoir les croyances d'un peuple liées à la mort et pour comprendre la fonction et le statut du disparu dans la société.

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Une momie multicouche en parfait état de conservation. Sa peau est préservée et tatouée d’araignées et de serpents par exemple. Le corps conserve de longs cheveux et une frange courte. Les tatouages et les objets qui l’accompagnent suggèrent que cette femme était un personnage important de la société mochica, à qui on attribuait des pouvoirs de guérisseuse.

L'auteur

Régulo Franco JORDÁN est archéologue à la Fondation Wiese, au Pérou.

Pour en savoir plus

E. P. Benson, Los mayas y los Mochicas : Expresiones en el Arte, Acercarse y Mirar, Homenaje a Beatriz de la Fuente : 283-296, Universidad Autónoma de Mexico, Instituto de Investigaciones Estéticas, Mexico, 2004.

T. Delabarde et S. Uceda, Les sacrifices rituels des Mochicas, Pour la Science, n° 303, janvier 2003.

A. M. Hocquenghem, Iconografía Mochica, Fondo Editorial Pontificia Universidad Católica del Perú, Lima, 1987.

B. Bird, J. et J. Hyslop, The preceramic excavations at the Huaca Prieta Chicama valley, Peru, Anthropological Papers of the American Museum of Natural History New York, vol. 62, 1985.

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