En découvrant les virus il y a plus d'un siècle, les biologistes abordent un monde original et fascinant. Un nouvel aspect des processus vitaux et des maladies leur est révélé.
Claude Chastel
À la fin du
xixe siècle, il est difficile à un esprit scientifique de concevoir des agents infectieux qui ne sont pas des bactéries, des champignons microscopiques ou des parasites. L'époque est encore marquée par les épidémies de choléra, de peste, de typhus, de variole, de fièvre jaune et de tuberculose. On a pourtant identifié un certain nombre d'agents infectieux responsables de ces fléaux. En 1880, Alphonse Laveran a découvert l'hématozoaire du paludisme, un organisme unicellulaire qui parasite les globules rouges. Cette même année, Robert Koch a cultivé le bacille de la tuberculose, une bactérie en forme de bâtonnet, puis en 1884, le vibrion du choléra, un petit bacille incurvé.
Louis Pasteur a réfuté la théorie erronée de la « génération spontanée » selon laquelle la vie émerge spontanément de l'inanimé, et il a révélé la spécificité des micro-organismes pathogènes. Il réussit à atténuer le bacille du choléra des poules et celui du charbon bactéridien (que les Anglais nomment l'anthrax), obtenant du coup des vaccins capables de protéger les animaux domestiques contre ces infections. Grâce à ce principe, il prépare en 1885 un vaccin efficace contre la rage du chien et celle de l'homme.
Par ailleurs, Robert Koch établit les règles qui permettent d'attribuer à un micro-organisme la cause d'une maladie donnée, les fameux « postulats de Koch ». Il faut que le micro-organisme en question soit trouvé régulièrement dans les lésions de la maladie ; qu'il soit isolé en culture pure à partir de ces lésions ; que l'injection de ces cultures pures à un hôte expérimental y reproduise les lésions de la maladie ; et qu'il soit isolé à nouveau par culture à partir des lésions provoquées chez l'hôte expérimental.
Les virus, pour de nombreuses années encore, ne pourront satisfaire ces impératifs, mais...