Depuis que l'homme a choisi l'agriculture pour assurer son alimentation et différents usages domestiques, par exemple pour obtenir des fibres, il a domestiqué les plantes correspondant à ses besoins. Dans quel ensemble d'espèces naturelles a-t-il puisé ? Quels caractères a-t-il sélectionné ? Les variétés aujourd'hui domestiquées peuvent-elles être invasives ? Cette dernière question qui nous intéressera particulièrement ici en soulève d'autres. Quel sera l'effet du changement climatique et de la simplification des pratiques agricoles ? Quel risque prenons-nous en introduisant une plante cultivée ou sauvage à partir d'une autre région de la planète ? Et enfin, comment minimiser ce risque ? Nous apporterons des éléments de réponse à travers divers exemples d'espèces cultivées sous nos climats tempérés et en nous fondant sur les connaissances acquises sur la biologie et l'écologie des plantes ainsi que sur l'expérience des migrations des hommes et des plantes depuis les grandes découvertes.
Trois histoires de domestication
La principale origine des plantes cultivées est la domestication de plantes sauvages par les humains. On peut citer les céréales (le blé dur, l'avoine, le riz…), les légumineuses à graines, la plupart des arbres fruitiers et des plantes légumières, etc. Beaucoup sont restées proches de la forme sauvage, tels l'orge et le pommier, d'autres ont été transformées au point que l'identification de l'ancêtre sauvage a été difficile ; c'est le cas du maïs, issu de téosinte (voir la figure page 82).
Cependant, certaines espèces n'existent pas à l'état sauvage et sont nées du croisement spontané entre une espèce sauvage, domestiquée ou en cours de domestication, et une autre espèce sauvage, l'hybride résultant étant incapable de survivre seul dans la nature. Ce phénomène a pu se produire plusieurs fois, mais l'hybride n'a survécu...