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Cerveau&Psycho N°38 - mars - avril 2010

Dossier

La force de l'empathie

L'être humain dispose d'une faculté précieuse : comprendre et partager ce que ressentent ses semblables. D'où tire-t-il cette capacité, et comment l'utilise-t-il pour « voir dans l'autre » ?

Jean Decety

Notre capacité à partager et comprendre les états émotionnels et affectifs des autres (empathie) et à ressentir une motivation orientée vers leur bien-être (sympathie) joue un rôle essentiel dans les interactions sociales. Comment pourrions-nous consoler un ami si nous n’étions pas sensibles à sa souffrance ? Comment saurions-nous interpréter les réactions de collègues ou de clients si nous n’étions pas à même de détecter en eux la frustration, le désir, la méfiance, la satisfaction ? L’empathie est une composante nécessaire d’une coexistence harmonieuse, car elle favorise les comportements prosociaux (aller au contact d’autrui, chercher à communiquer, à échanger, à proposer son aide, tout comportement favorisant les interactions positives avec autrui), et la sympathie fournit une base affective nécessaire au développement moral.

L’empathie et la sympathie recouvrent des états affectifs et motivationnels distincts et mettent en jeu des circuits neuronaux en partie indépendants. On peut éprouver de la sympathie sans ressentir d’empathie. De même, l’empathie n’engendre pas systématiquement de sympathie, ni de comportements altruistes.
Pendant longtemps, ces capacités socioaffectives ont attiré l’attention des économistes, des psychologues du développement et des psychologues sociaux. Aujourd’hui, les neurosciences sociales explorent les mécanismes neurobiologiques qui les sous-tendent, et examinent aussi l’effet des facteurs liés soit à la personnalité (individuels), soit à l’environnement (situationnels) qui modulent leurs expressions.

Une histoire naturelle de l’empathie

L’homme n’est pas le seul animal à ressentir et communiquer des émotions, ni à répondre à celles des autres. Darwin avait noté une continuité dans...

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Nicholas Moore / Shutterstock

Les phénomènes de foule, où s’exprime le mimétisme et s’exaltent les sentiments, sont caractérisés par une contagion émotionnelle qui n’est qu’un des aspects de l’empathie.

L'auteur

Jean Decety est professeur de psychologie et de psychiatrie à l’Université de Chicago.

Pour en savoir plus

J. Decety, Dissecting the neural mechanisms mediating empathy and sympathy, in Emotion Review, à paraître.

J. Decety et al., Neurodevelopmental changes in the circuits underlying empathy and sympathy from childhood to adulthood, in Developmental Science, publication en ligne, 2010.

C. Batson, These things called empathy : eight related but distinct phenomena, sous la direction de J. Decety et W. Ickes, The social neuroscience of empathy, mit Press, pp. 3-15, 2009.

J. Decety et al., The blame game : the effect of responsibility and social stigma on empathy for pain, in Journal of Cognitive Neuroscience, en ligne, 2009.

C. Lamm et al., The neural substrate of human empathy : effects of perspective-taking and cognitive appraisal, in Journal of Cognitive Neuroscience, vol. 19, pp. 42-58, 2007.

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