Que représente Internet en termes d’équipements « physiques » ?
Laurent Lefèvre : Internet est le « réseau des réseaux », c’est-à-dire une interconnexion de tous les réseaux. Des fibres optiques et des câbles en cuivre forment une gigantesque toile, qui relie différents types d’infrastructures : centres de données, centres de calcul, boîtiers ADSL, émetteurs Wi-Fi, antennes de téléphonie cellulaire, etc. Des routeurs relaient les données et établissent les chemins vers les destinations. Ils sont abrités par de grandes « salles réseaux » climatisées, appartenant aux fournisseurs d’accès Internet.
Quel est le coût écologique de ces équipements ?
Laurent Lefèvre : Ils consomment bien sûr beaucoup d’électricité, dont la production s’accompagne d’émissions de dioxyde de carbone importantes. Les technologies de l’information et de la communication (TIC) seraient responsables de deux à trois pour cent des émissions de CO2 dans le monde, soit l’équivalent de celles du transport aérien. Cette estimation vaut pour l’ensemble des équipements liés à l’informatique et inclut les ordinateurs, les serveurs, les routeurs, la climatisation des salles réseaux, les imprimantes… Les infrastructures de télécommunication seules (les équipements réseaux) seraient responsables de 37 pour cent des émissions de CO2 des TIC.
Au-delà de la simple transmission des données, d’autres acteurs d’Internet, comme les moteurs de recherche, consomment de l’énergie. Google, qui posséderait un million de serveurs selon une estimation de 2008, annonce ainsi qu’une requête sur son moteur de recherche provoque l’émission de 0,2 gramme de dioxyde de carbone. Par comparaison, une heure d’utilisation d’un ordinateur portable « coûte » 20 grammes de CO2. Difficile à évaluer, le coût d’une requête pourrait être multiplié par 10 lors de recherches complexes renvoyant à des données multimédia.
Le coût énergétique pousse d’ailleurs Google à rapprocher ses « fermes » (ses centres de serveurs) de sources d’électricité abondantes. La ferme la plus récente, qui consommerait autant d’électricité qu’une ville américaine de 40000 personnes, est ainsi construite près d’un barrage hydroélectrique situé sur la rivière Columbia, en Oregon.
Nous n’avons considéré ici que l’énergie liée au fonctionnement des équipements. S’y ajoute, dans l’empreinte écologique globale, celle utilisée pour leur production, la question des matières premières et le problème des déchets.
Comment ce coût évoluera-t-il dans les prochaines années ?
Laurent Lefèvre: Selon les prévisions du fournisseur d’équipements réseaux Cisco, la quantité de données circulant sur Internet sera multipliée par cinq entre 2008 et 2013. Il en résultera bien sûr une hausse de la consommation énergétique. Une étude réalisée par INC-Que Choisir a évalué le nombre de mois de production d’un réacteur nucléaire mobilisés par la seule alimentation des boîtiers ADSL en France: de 2,5 mois en 2008, cette durée devrait passer à 4 mois en 2010. Et elle ne prend pas en compte la consommation électrique des autres équipements du réseau.
Le coût énergétique va-t-il freiner le développement d’Internet ?
Laurent Lefèvre: Les équipements de transmission, comme les fibres optiques ou les routeurs, supportent bien l’augmentation du trafic sur Internet, mais le coût énergétique pose effectivement problème pour