L'évêque d'Avranches, fondateur de l'abbaye du Mont-Saint-Michel, avait le crâne percé. Courroux de l'Arcange saint Michel, comme le prétend la légende, trépanation ou maladie ? Près de 12 siècles plus tard, l'examen de ce crâne répond à la question.
Pierre-Léon Thillaud
L'église Saint-Gervais d'Avranches, dans la Manche, abrite dans une monumentale châsse toute saint-sulpicienne une tête osseuse dépourvue de sa mandibule (voir la figure 1). Selon une « tradition » bien documentée depuis le
xie siècle, ce crâne est considéré comme étant celui de saint Aubert, évêque d'Avranches au commencement du
viiie siècle et décédé aux alentours de 725. En 708-709, Aubert éleva une chapelle en l'honneur de saint Michel, qui lui était plusieurs fois apparu en songe. Puis il entreprit la construction de la célèbre abbaye du Mont-Saint-Michel. Après sa mort, ses reliques attirèrent de nombreux pèlerins, dont Louis
xi, qui institua à cette occasion l'ordre de saint Michel.
La légende rapporte que l'archange, désespérant de voir saint Aubert s'engager dans la construction de l'abbaye malgré plusieurs apparitions, lui perça le crâne d'un violent coup de lance, d'un éclair ou bien, plus merveilleusement, de son doigt pointé. Ce geste acheva de convaincre l'évêque qui, profondément marqué, ne vécut plus que pour ce grand œuvre. De fait, le crâne d'Avranches présente bien un trou. Cette ouverture a été attribuée pendant tout le Moyen Âge à l'intervention divine. « Croyez que cette perforation est le signe d'une révélation angélique », lit-on sur une inscription commémorative… À l'initiative de l'historien Emmanuel Poulle, membre de l'Institut de France, l'examen paléopathologique du crâne a abouti à une explication plus rationnelle.
Le crâne d'un vieillard
Le crâne extrait du reliquaire est d'une belle couleur ambrée, bien conservé et robuste. Le trou mythique apparaît sur l'os pariétal droit du crâne. Quelques os manquent au niveau du plafond postérieur des orbites, des...