En kiosque

Dossier Pour la Science N°50 - janvier - mars 2006

fondamental
Histoire de la médecine

Le crâne perforé de saint Aubert

L'évêque d'Avranches, fondateur de l'abbaye du Mont-Saint-Michel, avait le crâne percé. Courroux de l'Arcange saint Michel, comme le prétend la légende, trépanation ou maladie ? Près de 12 siècles plus tard, l'examen de ce crâne répond à la question.
Pierre-Léon Thillaud
L'église Saint-Gervais d'Avranches, dans la Manche, abrite dans une monumentale châsse toute saint-sulpicienne une tête osseuse dépourvue de sa mandibule (voir la figure 1). Selon une « tradition » bien documentée depuis le xie siècle, ce crâne est considéré comme étant celui de saint Aubert, évêque d'Avranches au commencement du viiie siècle et décédé aux alentours de 725. En 708-709, Aubert éleva une chapelle en l'honneur de saint Michel, qui lui était plusieurs fois apparu en songe. Puis il entreprit la construction de la célèbre abbaye du Mont-Saint-Michel. Après sa mort, ses reliques attirèrent de nombreux pèlerins, dont Louis xi, qui institua à cette occasion l'ordre de saint Michel.

La légende rapporte que l'archange, désespérant de voir saint Aubert s'engager dans la construction de l'abbaye malgré plusieurs apparitions, lui perça le crâne d'un violent coup de lance, d'un éclair ou bien, plus merveilleusement, de son doigt pointé. Ce geste acheva de convaincre l'évêque qui, profondément marqué, ne vécut plus que pour ce grand œuvre. De fait, le crâne d'Avranches présente bien un trou. Cette ouverture a été attribuée pendant tout le Moyen Âge à l'intervention divine. « Croyez que cette perforation est le signe d'une révélation angélique », lit-on sur une inscription commémorative… À l'initiative de l'historien Emmanuel Poulle, membre de l'Institut de France, l'examen paléopathologique du crâne a abouti à une explication plus rationnelle.

Le crâne d'un vieillard

Le crâne extrait du reliquaire est d'une belle couleur ambrée, bien conservé et robuste. Le trou mythique apparaît sur l'os pariétal droit du crâne. Quelques os manquent au niveau du plafond postérieur des orbites, des...

Lire la suite de cet article


Acheter cet article    Voir les offres d'abonnements

(accès immédiat)

Vous êtes abonné ou vous avez déjà acheté cet article ? >> IDENTIFIEZ-VOUS
(formulaire en haut à droite de cette page)

  • Imprimante
  • Bookmark and Share

Il y a 0 réaction(s) à cet article

>> Réagir à cet article
>> Revenir en haut de page


Relique de saint Aubert (mort vers 725) conservée en l’église Saint-Gervais d’Avranches dans une châsse faite de cristal, de vermeil et de lapis lazuli, et datant de 1895.

L'auteur

Pierre-Léon Thillaud est médecin, chargé de conférences de paléopathologie, à l’École pratique des hautes études, section des sciences historiques et philologiques, La Sorbonne, Paris.


Pour en savoir plus

E. Poulle, Le crâne de saint Aubert entre mythe et histoire, in Revue de l’Avranchin et du pays de Granville, vol. 76, n° 380, pp. 167-188, 1999.

P.L. Thillaud et P. Charon, Lésions ostéo-archéologiques, recueil et identification…, Kronos BY Éditions, Sceaux, 1994.

P.L. Thillaud, Paléopathologie humaine, Kronos BY Éditions (Traités pratiques d’archéologie), Sceaux, 1996.

Newsletter

Entrez votre e-mail pour vous abonner
  

Archives






Abonnements

- 12 numéros par an dont 1 spécial
+ 4 dossiers
- Le numéro en cours en pdf gratuit !
- L'accès intégral à vos magazines en ligne
- L'accès en ligne aux archives comprises dans vos abonnements

Seulement
76 euros

Une minute pour vous abonner. Un voyage d'un an dans l'Univers des sciences.

Egalement en kiosque



Pour la Science n°394 - Les calmars géants

Cerveau & Psycho n°40 - Plongez zen !
Réalisé par Ecedi.