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Dossier Pour la Science N°63 - avril - juin 2009

fondamental
Épistémologie

Le darwinisme : une théorie durable

Le mérite de Darwin est d'avoir élaboré une théorie expliquant et unifiant l'ensemble des faits constituant l'histoire de la vie. Ce cadre théorique fonctionne encore aujourd'hui comme point de repère pour les biologistes de l'évolution.
Jean Gayon
Sans discontinuer depuis la publication de L'origine des espèces en 1859, les évolutionnistes ont caractérisé leurs positions comme « darwiniennes » ou « non darwiniennes ». Il est peu fréquent dans la science contemporaine qu'un domaine entier de recherche soit autant attaché au nom d'un individu particulier.

Cette importance donnée à Darwin n'est-elle pas exagérée ? Après tout, Darwin est loin d'avoir inventé l'idée d'évolution, et même celle de sélection naturelle. Nous délimiterons ici l'apport propre de Darwin, en le comparant à d'autres savants qui ont joué un rôle capital dans l'émergence de la théorie de l'évolution, et nous indiquerons pourquoi la référence à sa pensée contribue encore à structurer la recherche évolutionniste.

Pensées proto-évolutionnistes

C'est sans doute chez Pierre Louis Moreau de Maupertuis qu'on trouve la première expression d'une vision évolutionniste généralisée de la nature vivante. En 1751, dans son Système de la nature, il avance l'hypothèse que les variations héréditaires accidentelles surgissant dans les espèces pourraient bien être la source d'une modification et diversification indéfinie de celles-ci :

« Ne pourroit-on pas expliquer par là comment de deux seuls individus la multiplication des espèces les plus dissemblables auroit pu s'ensuivre ? Elles n'auroient dû leur première origine qu'à quelques productions fortuites, dans lesquelles les parties élémentaires n'auroient pas retenu l'ordre qu'elles tenoient dans les animaux pères et mères : chaque degré d'erreur auroit fait une nouvelle espèce ; & à force d'écarts répétés seroit venue la diversité infinie des animaux que nous voyons aujourd'hui ; qui, s'accroîtra peut-être encore avec le temps, mais à laquelle peut-être la suite des siècles n'apporte que des accroissements imperceptibles. »

Ces phrases sont stupéfiantes pour l'époque. Elles...

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Doug Alves / Granger collection

Charles Darwin, sur une photographie prise en 1855, revisitée par le graphiste Doug Alves.

L'auteur

Jean Gayon est professeur à l'Université Paris 1, membre de l'Institut d'histoire et de philosophie des sciences et des techniques (IHPST).

Pour en savoir plus

• Jean Gayon, Darwin et l’après-Darwin, Kimé, 1992.

• Pietro Corsi, Jean Gayon, Gabriel Gohau et Stéphane Tirard, Lamarck, philosophe de la nature, Presses universitaires de France, 2006.

• Camille Limoges, La sélection naturelle : Étude sur la première constitution d’un concept, Presses universitaires de France, 1970.


• Jean Gayon, Mort ou persistance du darwinisme ? Regard d’un épistémologue, Comptes-rendus de l’Académie des sciences, C. R. Palevol n° 8, pp. 321–340, 2009.

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