Fournisseur de matières premières, l'ivoire, ou sujet de représentation, le mammouth est omniprésent dans l'art du Paléolithique.
Denis Vialou
L'art paléolithique est né d'un mammouth ! C'était au début des années 1860, alors que le concept de préhistoire était encore en gestation. Dans cette terra incognita temporelle, la découverte surprit les fouilleurs du grand abri-sous-roche de la Madeleine, en bordure de la Vézère, au cœur du Périgord, mais elle les éclaira aussi sur ce passé : parmi les outils en pierre et en os et les foyers dégagés par les fouilles, ils mirent au jour un fragment de défense de mammouth sur lequel était gravé… un mammouth. Dans ce contexte stratigraphique et archéologique bien repéré, à l'origine directe de la définition du Magdalénien (voir la figure de la page 5), une époque qui dura entre 18 000 et 11 000 ans, avant le présent, fixé à 1950, par convention internationale, l'authenticité de cet objet inattendu ne faisait aucun doute. La défense d'un mammouth, une espèce déjà connue par les fossiles, renvoyait à une époque ancienne et évoquait un climat et des paysages glaciaires. Non seulement les « primitifs », les auteurs des outils de pierre et d'os et habitants de l'abri, avaient côtoyé le mammouth, mais ils l'avaient figuré. Ils connaissaient également le renne, les restes fauniques des animaux chassés et les outils faits avec leurs ramures et leurs ossements en témoignaient.
Une quinzaine d'années plus tard, la découverte d'Altamira, en Cantabrie, au Nord de l'Espagne, puis d'un bon nombre de grottes au tout début du xxe siècle, a convaincu les préhistoriens et le public de l'existence d'un art « monumental », celui des grottes et des abris. Des représentations de mammouths sont découvertes régulièrement, le dernier exemple étant la grotte de Cussac, en 2000, où l'on peut admirer plus d'une dizaine de mammouths.
Cet art du mammouth est contemporain des objets gravés et sculptés, certains en ivoire, dont les...