L'univers plan du Jeu de la vie est l'exemple même d'un système simple susceptible d'engendrer de la complexité, du calcul et... certaines formes de beauté.
Jean-Paul Delahaye
De même qu'il existe un monde du Seigneur des Anneaux créé par John Tolkien, un monde de Harry Potter créé par Joanne Rowling, et que toutes les grandes œuvres littéraires engendrent des doubles imaginaires de notre univers réel, il existe aussi un monde du Jeu de la vie de John Conway. Ce qui se passe dans ce monde-là est une aventure combinatoire et mathématique d'un genre unique. J. Conway, qui fixa les lois « physiques » de cette fiction informatique en 1970, a créé l'équivalent d'une grande page blanche sur laquelle des milliers de joueurs écrivent en proposant des constructions de plus en plus complexes et merveilleuses. L'exploration de ce monde et la mise au point des dispositifs mécanico-logiques qu'on y dépose demandent une grande patience, car ils sont soumis à une contrainte stricte qui s'exprime en dix mots : « naissance si trois voisins, survie si deux ou trois voisins ».
Depuis cinq ans, des découvertes et des avancées remarquables ont profondément renouvelé son intérêt. Le but de cette rubrique est d'en donner une idée.
Le Jeu de la vie de Conway est un automate cellulaire qui fonctionne sur une grille infinie à cases carrées – les cellules – dont l'ensemble constitue l'espace plan où tout se déroule. Chaque cellule est vide ou occupée, morte ou vivante. Le temps s'y écoule de manière discrète : il y a un instant 0, un instant 1, un instant 2, etc. Chaque cellule n'a connaissance que de l'état de ses huit voisines directes, et la règle qui détermine l'évolution des cellules d'une génération à la suivante est la règle rappelée plus haut.
Toutes les histoires qui se racontent et se raconteront concernant ce monde du Jeu de la vie sont définitivement fixées par ce mécanisme évolutif d'une absolue concision. C'est aux joueurs d'en faire quelque chose. Tout doit survenir à partir de cette physique déterministe réduite à l'extrême ne...