Les mammouths représentés par les artistes préhistoriques ne se ressemblent pas : on les classe selon trois styles.
Brigitte et Gilles Delluc
Les artistes du Paléolithique connaissaient parfaitement l'anatomie du mammouth. Cependant, le rendu graphique, rupestre ou mobilier, n'a pas toujours été le même. On distingue deux styles de mammouths figurés, un style réaliste et un style archaïque, auxquels s'ajoutent des dessins cursifs (voir la figure 1). Ces derniers représentent, en un seul trait, la trompe, la tête et le dos d'un mammouth. Les mammouths réalistes sont présents dans peu de sites, mais ils y sont à chaque fois nombreux : par exemple, ils sont plus d'une centaine dans la grotte de Rouffignac, en Dordogne. À l'inverse, les mammouths archaïques se rencontrent dans de nombreux sites anciens, mais, le plus souvent, à peu d'exemplaires.
Les figures de mammouths sont absentes pendant les périodes récentes comme le Solutréen supérieur (il y a environ 18 000 ans), la fin du Magdalénien (de 15 000 à 12 000 ans) et l'Azilien (il y a environ 10 000 ans). Ces lacunes s'expliquent par la disparition de ces animaux de nos contrées il y a une douzaine de milliers d'années.
Outre ces lacunes temporelles, la répartition géographique de ces figures est très inégale : elles sont très nombreuses dans le Périgord, fréquentes dans le Quercy et en Ardèche, rares ailleurs. Enfin, pour des raisons climatiques, elles sont exceptionnelles en Espagne et perdurent tardivement en Rhénanie.
Le sens du détail
Le style réaliste correspond aux périodes du Magdalénien moyen et supérieur. Les mammouths sont alors souvent très détaillés, se rencontrent dans les sanctuaires profonds, telles la grotte d'Altamira, en Espagne, et les grottes à signes tectiformes (en forme de toit) de Dordogne, par exemple, Bernifal. Enfin, ils abondent sur les plaques calcaires de la Marche (dans la Vienne) et sur les plaquettes de schiste de Gönnersdorf, en Rhénanie. Leur silhouette massive se prête peu au décor des objets...