Au siècle des Lumières, un séisme réduisit la capitale portugaise en poussières et fit 60 000 victimes. S'ensuivit un débat entre Voltaire et Rousseau sur le rôle de Dieu. Une querelle de scientifiques perdure aujourd'hui, mais concerne l‘origine du séisme.
Achim Kopf
Le 1er novembre 1755 à 9h 40, heure locale, une terrible secousse tellurique ébranla la région de Lisbonne. Son intensité est aujourd'hui estimée entre 8,5 et 9. Elle fut suivie de près d'un deuxième séisme d'une durée de deux minutes, puis d'un troisième. Les églises, palais, ponts et tours s'effondrèrent comme des châteaux de cartes ; au total, 18 000 édifices furent détruits. En quelques minutes, 25 000 personnes trouvèrent la mort. Un gigantesque nuage de poussières obscurcit le ciel, avant que la ville ne s'embrasât. L'incendie fit rage pendant cinq jours. On ressentit la forte secousse en Europe, en Afrique, ainsi qu'aux Açores et au cap Vert (voir la figure 2). En Écosse et en Suisse, les niveaux des lacs oscillèrent, aux Pays-Bas et en Suède des navires rompirent leurs amarres.
La localisation de l'épicentre dans l'Atlantique, face à la côte portugaise, signa l'acte final de l'apocalypse : des vagues hautes de cinq mètres déferlèrent sur le port de Lisbonne. Elles submergèrent et dévastèrent toute la région, occasionnant 20 000 victimes supplémentaires. Le tremblement de terre et ses conséquences coûtèrent la vie à plus de 60 000 personnes, dont 20 000 dans la capitale portugaise, qui comptait 250 000 habitants.
Cette catastrophe se produisit le jour de la Toussaint dans un Portugal très catholique. Elle eut un retentissement énorme sur la vie spirituelle et culturelle en Europe. D'un côté, les scientifiques tentaient de rationaliser l'événement : on soupçonnait déjà à l'époque que l'origine résidait dans des mouvements souterrains. De l'autre, l'ensemble de la population de l'église catholique culpabilisait et interprétait la catastrophe comme une punition divine infligée aux humains qui vivent dans le péché.
Dans les cercles philosophiques, une querelle éclata : l'existence du mal sur la Terre est-elle compatible avec la toute-puissance,...