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Dossier Pour la Science N°65 - octobre - decembre 2009

fondamental
Écologie

Les eaux douces, propices aux invasions ?

Si les eaux douces et les zones humides sont globalement très riches en espèces, celles d'Europe ont été appauvries par la dernière glaciation, il y a 20 000 ans. Leur recolonisation par des espèces exotiques n'est pas encore achevée…

Jean-Nicolas BEISEL et Christian LÉVÊQUE

Les milieux d'eau douce et les zones humides n'occupent qu'une infime fraction, évaluée à 0,01 pour cent, de la surface du globe. Pourtant, ils abritent au moins 130 000 espèces animales, soit environ neuf pour cent des 1,4 million décrites à ce jour, et près de la moitié des espèces de poissons répertoriées. En comparaison, « seulement » 230 000 espèces animales sont connues en milieu marin, alors que ce milieu recouvre les deux tiers de la surface terrestre !

Seulement trois pour cent d'espèces exotiques

On distingue les espèces naturalisées provenant d'un autre continent (exotiques stricto sensu) de celles qui sont issues de bassins hydrographiques voisins, appartenant au même continent. Dans ce dernier cas, on parle de translocations. En Europe, parmi les 15 000 espèces de poissons et d'invertébrés d'eau douce identifiées, 296 proviennent d'un autre continent et 136 sont issues de translocations. Ces chiffres sont probablement sous-estimés – d'autant plus qu'ils sont issus du projet daisie (voir L'Europe envahie, par A. Roques, page 14), qui ne compte les introductions qu'à partir de l'an 1 500 –, mais ils donnent un ordre de grandeur : à peine trois pour cent des espèces présentes ne sont pas autochtones. Si l'on considère l'ensemble des espèces animales exotiques (stricto sensu et issues de translocations), il faut ajouter 32 espèces d'amphibiens et de reptiles, ainsi que 27 espèces d'oiseaux.

Les groupes taxonomiques sont diversement représentés au sein des espèces naturalisées. La France compte au moins 43 espèces d'invertébrés exotiques, dont une grande majorité de crustacés et de mollusques. Seulement deux espèces d'insectes sont naturalisées, alors que ce groupe représente la majorité des invertébrés d'eau douce.

L'Hexagone abrite 23 espèces de poissons exotiques stricto...

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David A.Northcott/CORBIS

Les milieux d’eau douce européens ont connu des introductions volontaires à toutes les époques. Durant l’Antiquité, les Romains ont ainsi répandu la carpe commune. Au Moyen Age, les moines ont dispersé la tanche, la perche fluviatile et la lotte. A l’époque moderne, le silure glane a été importé pour la pêche sportive, et la tortue de Floride par les aquariophiles.

L'auteur

Jean-Nicolas BEISEL, maître de conférences à l'Université Paul Verlaine, à Metz, travaille au Laboratoire liebe (Laboratoire des interactions écotoxicologie, biodiversité, écosystèmes).

Christian LÉVÊQUE est directeur de recherche émérite à l'umr Borea (Biologie des organismes et écosystèmes aquatiques), à l'ird.

Pour en savoir plus

• E. Balian et al., The freshwater animal diversity assessment : an overview of the results, in Hydrobiologia, vol. 595, pp. 627-637, 2008.

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