Une saga islandaise mentionne un Viking aux traits particuliers et menaçants, et dont le crâne aurait résisté aux coups d'une hache. Cet homme était probablement atteint de la maladie de Paget.
Jesse Byock
Le colosse Egil est une figure marquante des vieilles sagas nordiques. Né en Islande au début du
xe siècle, il incarne la fougue viking et l'audace avec laquelle ces hommes s'embarquent pour des contrées inconnues dans l'espoir d'y faire bonne fortune. Farouche, opiniâtre et violent, il est aussi un poète subtil. Egil survit aux guerres, échappe aux guets-apens et atteint l'âge avancé de 80 ans. Il meurt en Islande, parmi les siens, aux alentours de 990, apparemment de mort naturelle.
La saga le juge laid, irascible, morose. Tantôt en prose, tantôt en vers, elle rapporte qu'Egil perd souvent l'équilibre, qu'il a les pieds froids de façon chronique, qu'il souffre de maux de tête et a des accès de torpeur, enfin qu'il devient aveugle et sourd. Elle mentionne des déformations inhabituelles de son crâne et des traits de son visage. En cela, Egil ressemble à son père et à son grand-père, réputés pour leur aspect menaçant alors que leurs autres parents sont décrits comme beaux et gracieux.
Egil souffrait-il de la maladie de Paget, une régénération osseuse excessive, diagnostiquée pour la première fois en 1876 par le médecin britannique James Paget ? Ou les sagas ne sont-elles que les fruits de l'imagination romanesque des auteurs du xiiie siècle ? Cette énigme se situe au carrefour de la médecine, de l'histoire, de l'archéologie et de l'analyse littéraire. Pour la résoudre, nous nous appuyons sur la médecine moderne et la philologie, une étude historique et comparative de la langue et de sa relation à la culture.
Des histoires de famille
Les sagas islandaises constituent une importante collection de récits médiévaux. Elles relatent les voyages des premiers colons norvégiens en Islande, entre 870 et 1030. Avec sobriété et réalisme,...