Quand l'eau prend une couleur politique, le service public peut-il se maintenir ?
Anne BELBÉOC'H et Sylvy JAGLIN
Au Mali, entre le Sahara aride et le Soudan humide, une petite ville porte le nom de « génie des eaux », djenné, dans la langue bozo. Djenné est située entre deux bras du Bani, un affluent du Niger. En suivant le fleuve Niger, on peut se rendre à Tombouctou, à 500 kilomètres au Nord-Est. En prenant un bac pour traverser le Bani, on rejoint la route principale qui relie la capitale de la région, Mopti (à 130 kilomètres), à la capitale du Mali, Bamako (à 574 kilomètres).
Djenné, ville de 22 000 habitants, dispose d'infrastructures de distribution d'eau dont le fonctionnement pose problème. Pour expliquer la lenteur des progrès dans l'approvisionnement en eau potable et l'assainissement de cette région du monde, on invoque souvent la forte croissance démographique, mais aussi la faiblesse institutionnelle autant que financière des pouvoirs publics. Pour pallier cette faiblesse dans les petites villes, les organisations internationales poussent à décentraliser les responsabilités, en les transférant vers des collectifs organisés, de type communautaire, ou vers le secteur privé marchand (voir Ni or bleu ni bien public mondial, par B. Barraqué, et L'eau dans les pays arides, par M. Besbès, dans ce dossier). De telles réformes visent à accroître l'efficacité et la démocratisation des systèmes d'action locaux. Elles sont censées aider à mieux répondre aux besoins des populations en facilitant les compromis gestionnaires collectifs et leur concrétisation opérationnelle et technique.
Toutefois, l'exemple de la gestion de l'eau à Djenné montre que la décentralisation conduit aussi à une politisation des questions d'intérêt local. Faute d'une régulation adéquate, cette politisation risque de compromettre la pérennité et l'équité de services collectifs encore fragiles.
Naissance du réseau
Jusqu'au début des années 1980, les habitants de Djenné...