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Dossier Pour la Science N°58 - janvier - mars 2008

fondamental
Environnement

Ni or bleu, ni bien public mondial

L'exploitation de l'eau, liquide vital, ferait l'objet d'un débat entre le public et le privé. Sa nature lui confère toutefois un statut particulier, que le droit européen semble respecter au mieux.
Bernard BARRAQUÉ
On s'est battu au xixe siècle pour l'or, on s'est battu au xxe siècle pour le pétrole ; on se battra au xxie siècle pour l'eau. » Ainsi s'exprimait le frère du roi Hussein de Jordanie dans les années 1990, pour un film de la b.b.c. intitulé Les guerres de l'eau. On exprime la même idée quand on identifie l'eau à « l'or bleu » : la relative raréfaction de cette ressource susciterait des tentatives d'appropriation privative, et il conviendrait d'en faire un « bien public mondial », aussi bien que l'air, afin d'en garantir l'accès à l'humanité entière. La notion de bien public mondial n'est d'ailleurs pas claire, puisqu'un bien public implique une gestion par un État et qu'il n'existe pas d'État mondial.

Ces affirmations dogmatiques et médiatiques ont, certes, l'intérêt de susciter une mobilisation générale et de lancer la réflexion collective, mais elles sont erronées. L'expression « or bleu » conduit en effet à assimiler inconsciemment l'eau à un minerai ou à une ressource fossile, non renouvelable, comme l'or et le pétrole (« l'or noir »). Ces derniers font l'objet d'une appropriation privative, ou publique par des États, parce que leur possession et leur usage sont exclusifs ; et il existe un marché mondial de l'or et du pétrole. Au contraire, mise à part l'eau profonde, ou eau fossile, l'eau est une ressource naturelle renouvelable. Elle est omniprésente sur la Terre, sauf dans les déserts, et ne fait l'objet d'aucun marché mondial, ni même national. Il est d'ailleurs pour le moins naïf de comparer le prix d'un litre d'essence au prix… du mètre cube d'eau, en se trompant d'ailleurs dans les ordres de grandeur ! L'eau est un bien public régional ou local.

L'eau est en outre difficile à posséder, parce qu'elle coule. Elle pèse lourd (contrairement à l'air !) et chemine selon la ligne de plus grande pente, de façon que les...

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