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Pour la Science N°389 - mars 2010

point de vue

Ouvrir toutes les portes de la science aux femmes

Même si elle n'est pas suffisante, la volonté politique est nécessaire pour que les femmes aient le même accès aux carrières scientifiques que les hommes.

Claudine HERMANN

Dans les années 1990, l'accès des femmes aux postes de responsabilité, en politique, dans la recherche scientifique et médicale ou dans les entreprises a fait l'objet de nombreux débats : les mentalités allaient changer et les femmes accéder à ces postes. Or, en 2010, force est de constater que les femmes continuent de se heurter à un « plafond de verre », obstacle invisible qui les empêche d'accéder aux plus hautes responsabilités. Des décisions politiques s'imposent.

Nous développerons ici l'exemple de la recherche scientifique publique, pour laquelle de nombreuses données mentionnant le sexe sont disponibles. Ce faisant, nous passerons sous silence d'autres facteurs – l'attitude des parents et celle des enseignants – qui participent à l'inégalité actuelle.

Selon la Commission européenne, en 2007, la proportion des femmes dans la recherche française était proche de la moyenne de l'Union : les organismes de recherche publique comptaient 37 pour cent de femmes. Les femmes occupaient 39 pour cent des postes de maître de conférences ou de chargé de recherche, et seulement 19 pour cent des postes de professeur ou de directeur de recherche.

La discipline est un facteur déterminant. En mai 2009, 32,8 pour cent des professeurs de lettres et de sciences humaines étaient des femmes, mais 10,7 pour cent en mathématiques et 9,7 pour cent en mécanique. En 2008, le cnrs comptait 31,8 pour cent de femmes parmi les chercheurs, dont 37 pour cent de chargés de recherche et 24 pour cent de directeurs de recherche.

La proportion de femmes parmi les chercheurs du cnrs n'a pas varié depuis sa création en 1939, où elle était déjà de 26 pour cent – mais les femmes occupaient alors surtout des postes précaires. À l'Université, elle a augmenté, mais à une telle allure que la parité parmi les professeurs de sciences demanderait 200 ans à ce rythme !

Comment expliquer une telle situation ? Quel que soit le métier, le travail des femmes reste souvent perçu comme étant moins légitime que celui des hommes. La femme s'occupe davantage des enfants, même si le développement des systèmes de gardes d'enfants a atténué cette contrainte ; quant au partage équilibré des tâches ménagères, il n'est pas encore une réalité. En raison de ces préjugés, les femmes subissent une « double peine » : d'une part, pratiquant une sorte d'autocensure, elles sont moins souvent candidates aux postes à responsabilité ; d'autre part, dès le début de leur carrière, leurs supérieurs encouragent davantage les hommes lorsqu'il s'agit de détecter les potentiels de chacun, comme l'indique la recherche menée en 2005 en sciences de la vie, au cnrs, sous la direction de Catherine Marry.

La recherche publique française dispose cependant d'un atout : les débutants qui ont entre 30 et 35 ans obtiennent des postes stables. Au contraire, en Allemagne, les chercheurs n'ont de postes permanents que vers 40 ans, si bien que les femmes doivent souvent choisir entre leur carrière et fonder une


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Il y a 4 réaction(s) à cet article

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pborde Posté le 28-02-2010 à 18:48:46
discrimination ?

Je ne crois pas que l’on traite différemment les filles et les garçons au sein du système éducatif, ni que l’on dissuade les filles de faire des sciences dures (c'est même ce qu'on reproche à la série S) et je ne crois pas non plus à un complot « anti-femmes » pour les attributions de postes dans la recherche et l’enseignement supérieur. Tout ceci procède d’une démarche de victimisation systématique qui permet de donner l’illusion d’une explication simple - et donc d’une solution simple - à des problèmes complexes, conséquences de choix individuels effectués librement. Par suite, j’ai bien peur que vos propositions n’aillent pas dans le bon sens, comme toute politique de discrimination positive.


Roum Posté le 09-03-2010 à 15:12:48
discrimination

Bien sûr qu'il y a discrimination, de nombreuses études de psychologie l'ont déjà montré autant de la part des professeurs que de la part des élèves eux memes. Par exemple, dans une expérience, on faisait reproduire un dessin géométrique à des enfants. Les filles ont mieux reussi quand on leur a dit que c'était un dessin que quand on leur disait que c'était de la géométrie. Elles se conformaient à leur rôle social qui implique que les filles sont moins douées en maths que les garçons. Pourtant, on se rend compte que les performances sont égales voire supérieures chez filles en maths quand les deux sexes sont entrainés dans les mêmes conditions. Pour les postes à responsabilité, il y a aussi discrimination, on hésitera toujours à engager une femme à cause de ses (futures) responsabilités domestiques. La domination masculine est très présente, nous sommes dans une société patriarcale et le danger c'est de ne pas s'en rendre compte.


Alpha Quantum Posté le 12-03-2010 à 02:35:21
Discrimination Positive

Pour ce qui est de la discrimination positive, je suis d'accord avec pborde qui propose que cela serait en partie dû à une trop grande victimisation. En effet, combien de fois entendons-nous dire "Je suis nulle à telle chose", sous-entendant qu'elles n'y peuvent rien et qu'elles sont inférieures en ce point aux hommes ? Évidemment, je pense et j'estime que ce "réflexe" est induit par la société. Le problème étant que si l'on fait passer cela pour un problème plus simple qu'il ne l'est, comme le dit pborde, il est évident que jamais nous ne trouverons la solution à ce problème. J'aimerais bien également avoir plus de détails sur cette étude que vous mentionnez, voir même le nom de l'étude, afin de notamment pouvoir voir les âges. Quoi qu'il en soit, nous ne pouvons nier une discrimination effectuée par certains patrons, problème qui prendra du temps à se résorber seul. Je pense qu'il faut pousser les jeunes filles à surmonter leurs problèmes mathématiques qui parfois n'en sont pas...


JB Posté le 28-04-2010 à 13:17:18
Les carrières scientifiques et les femmes

J’ai lu avec attention votre article. La place insuffisante des femmes dans les carrières donne lieu régulièrement, semble-t-il, à des présentations plus ou moins similaires à la vôtre. De manière générale, il semble que les carrières scientifiques attirent de moins en moins. Mauvaise paye, niveau d’engagement important, longue précarité, déplacements internationaux, évaluations plus ou moins permanentes, augmentation des pressions hiérarchiques, peu de reconnaissance à prendre des fonctions de responsabilité, voilà les verrous primordiaux à faire d’abord sauter et qui ne rassurent pas les femmes.

Le rééquilibrage que vous souhaitez au profit des femmes, pourquoi ne pas le mettre aussi en avant en matière d’origine professionnelle et sociale des parents, de nationalité et de droit à une seconde chance dans le parcours de vie ? D’ailleurs, tout évolue très vite, la place des femmes dans les recrutements (formations d’enseignement supérieur, organismes de recherche) est, dans l’espace de 30 ans, devenue parfois très majoritaire (dans les Écoles Nationales Vétérinaires, le recrutement féminin est passé de 15 à 70%).

Aussi, permettez-moi ce trait d’humour, le problème que vous mettez en lumière risque assez vite de se poser dans l’autre sens, celui de devoir lutter contre… une « féminisation excessive » ! Et est-ce vraiment une peine, dans la recherche, de ne pas se porter candidat, pour une somme de raisons - dont il est difficile de dégager ce qui relève du libre choix et du choix téléguidé - à un poste de responsabilité ? Difficile à dire, tant que le vrai métier de chercheur, c’est celui du chercheur de base. Tant la prise de responsabilité, c’est bien souvent ployer sous les charges administratives, devoir ferrailler avec ses collègues pour faire valoir son pré carré et être docile aux consignes des grands patrons.

Je suis, quant à moi, collaborateur d’une équipe de recherche d’un institut scientifique national dont le (la) PDG est une femme. Au début de ma carrière, nous étions trois scientifiques de sexe masculin dans l’équipe. Et maintenant, nous sommes cinq, dont 3 femmes trentenaires et 2 hommes de moyenne d’âge supérieure à 55 ans. Ce qui fait que la prochaine responsable d’unité sera, très logiquement, une femme. Soyez donc rassurée, le monde bouge, même si la cause des femmes mérite encore nombre de luttes.


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L'auteur

Claudine HERMANN est professeure honoraire de physique à l'École polytechnique, présidente d'honneur de l'association Femmes & Sciences.

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Collection : Regards
Editeur : Editions Belin

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