D'où viennent les envahisseurs et comment sont-ils venus ? Ces questions, souvent posées à propos de l'histoire des hommes, sont aujourd'hui soulevées dans le cadre des invasions biologiques. Celles-ci se divisent en trois étapes : la dispersion d'individus hors de leur aire d'origine, leur installation dans le nouvel habitat, et enfin l'expansion démographique et géographique de la population nouvellement installée. L'étude des routes d'invasions concerne les deux premières étapes. Elle vise à décrire le voyage des individus d'un endroit à un autre, dans lequel ils sont devenus invasifs : lieux de départ et d'arrivée, types de transport, nombres d'étapes, de convois et de voyageurs par convoi, conditions d'installation, etc. Pour une population invasive donnée, on détermine alors son ou ses origines géographiques, s'il y a eu plusieurs introductions successives, les hybridations éventuelles entre les populations introduites, et le calendrier de ces événements.
La reconstruction des routes d'invasions est importante, car elle permet une meilleure prévention. En effet, identifier l'origine géographique d'un « envahisseur récurrent » aide à prendre des mesures de surveillance adéquates, de type quarantaine, focalisées sur la zone source incriminée. Cela peut aussi augmenter l'efficacité de certaines mesures de contrôle. Par exemple, lors d'une opération de lutte utilisant un agent biologique (un prédateur ou un parasite), il est souvent préférable de choisir des souches de cet agent qui aient coévolué avec les génotypes envahissants, et donc qui aient la même origine géographique (voir La lutte biologique, une invasion maîtrisée, entretien avec T. Malausa, page 76).
Outre ces applications pratiques, la connaissance des routes d'invasions permet d'étudier les phénomènes d'évolution contemporaine parfois mis en œuvre dans les invasions biologiques. En...