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Dossier Pour la Science N°65 - octobre - decembre 2009

fondamental
Écologie

Retracer l'invasion pour mieux la combattre

Pour lutter contre une invasion, il est capital de connaître la façon dont elle s'est effectuée. De nouvelles méthodes génétiques permettent aujourd'hui de reconstituer fidèlement les routes empruntées.

Arnaud ESTOUP et Thomas GUILLEMAUD

D'où viennent les envahisseurs et comment sont-ils venus ? Ces questions, souvent posées à propos de l'histoire des hommes, sont aujourd'hui soulevées dans le cadre des invasions biologiques. Celles-ci se divisent en trois étapes : la dispersion d'individus hors de leur aire d'origine, leur installation dans le nouvel habitat, et enfin l'expansion démographique et géographique de la population nouvellement installée. L'étude des routes d'invasions concerne les deux premières étapes. Elle vise à décrire le voyage des individus d'un endroit à un autre, dans lequel ils sont devenus invasifs : lieux de départ et d'arrivée, types de transport, nombres d'étapes, de convois et de voyageurs par convoi, conditions d'installation, etc. Pour une population invasive donnée, on détermine alors son ou ses origines géographiques, s'il y a eu plusieurs introductions successives, les hybridations éventuelles entre les populations introduites, et le calendrier de ces événements.

La reconstruction des routes d'invasions est importante, car elle permet une meilleure prévention. En effet, identifier l'origine géographique d'un « envahisseur récurrent » aide à prendre des mesures de surveillance adéquates, de type quarantaine, focalisées sur la zone source incriminée. Cela peut aussi augmenter l'efficacité de certaines mesures de contrôle. Par exemple, lors d'une opération de lutte utilisant un agent biologique (un prédateur ou un parasite), il est souvent préférable de choisir des souches de cet agent qui aient coévolué avec les génotypes envahissants, et donc qui aient la même origine géographique (voir La lutte biologique, une invasion maîtrisée, entretien avec T. Malausa, page 76).

Outre ces applications pratiques, la connaissance des routes d'invasions permet d'étudier les phénomènes d'évolution contemporaine parfois mis en œuvre dans les invasions biologiques. En...

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Miller et al., 2005

Les routes d’invasion de la chrysomèle des racines du maïs, un insecte ravageur américain, ont réservé des surprises : alors qu’on pensait que les populations envahissantes d’Europe de l’Ouest venaient de la zone initialement contaminée, en ex-Yougoslavie, les nouvelles méthodes ont montré que la plupart d’entre elles étaient en fait issues directement d’Amérique du Nord.

L'auteur

Arnaud ESTOUP est directeur de recherche à l'inra, au Centre de biologie et de gestion des populations, à Montferrier-sur-Lez.

Thomas GUILLEMAUD est chargé de recherche à l'inra et responsable de l'équipe Biologie des populations en interaction, à l'umr Interactions biotiques et santé végétale, à Sophia Antipolis.

Pour en savoir plus

• N. Miller et al., Multiple transatlantic introduction of the western corn Rootworm, in Science, vol. 310, p. 992, 2005.

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Shutterstock/Ryan M.Bolton

Les invasions résultent souvent d’introductions multiples, impliquant des populations sources génétiquement différenciées, comme dans le cas du lézard Anolis sagrei à Cubas.

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