Paysans-soldats, les Celtes furent les créateurs de la campagne européenne avant de développer, au iie siècle avant notre ère, un large mouvement d'urbanisation.
Olivier Buchsenschutz
En 1996, Fritz Rudolf Herrmann met au jour sur le Glauberg, près de Francfort, la statue grandeur nature et la tombe d'un personnage en armes du vi
e siècle avant notre ère. Une fois de plus, la vision classique du monde celtique – celle de populations périphériques intégrant lentement les progrès des civilisations méditerranéennes – est bousculée. À côté d'influences italiques, la sculpture révèle en effet un style et une iconographie originaux, que soulignent des parallèles étroits avec le mobilier déposé dans la sépulture. Non seulement le décor du torque sculpté (collier de métal) est identique à celui qui entoure le cou du défunt, mais les « feuilles de gui » (grandes oreilles) qui encadrent son visage existent aussi dans la tombe sous la forme d'une parure en cuir montée sur une armature en métal.
Ainsi, loin des habitudes méditerranéennes, le monument funéraire réalise, pour l'au-delà, une présentation du mort dont la fonction et le rang sont indiqués par son étrange coiffe. La trouvaille du Glauberg rejoint celle de Hochdorf (Wurtemberg), où un personnage fut enterré avec un chapeau conique en écorce de bouleau, et les statues de pierre portant la même coiffe de Hirschlanden et Holzgerlingen. Plus généralement, toutes les riches sépultures de l'Europe nord-alpine, depuis l'âge du bronze final jusqu'à la conquête romaine, sont des mises en scène d'un mort au temps de sa splendeur. À le regarder couché dans sa tombe, on l'imagine partant au combat, recevant ses convives pour un banquet ou dirigeant un sacrifice. Suivant les lieux et les périodes, l'une ou l'autre de ces fonctions l'emporte. La présence de panoplies complètes évoque une campagne sillonnée d'attelages ainsi qu'un monde guerrier où le char, de combat, de transport ou de procession, occupe une grande place.
Dès le ve siècle avant notre ère, les textes...