En étudiant le sarcophage du comte de Toulouse de l'an mil, on entrevoit les conditions de vie de seigneurs privilégiés, jusqu'aux relations politiques entre le Nord de l'Europe, chrétien, et l'Espagne musulmane.
Éric Crubézy, Daniel Rougé et Georges Larrouy
Le 23 mai 1989, en présence de la télévision et des autorités civiles et religieuses , on déposa et ouvrit le tombeau principal de la niche funéraire dénommée « enfeu des comtes », de la basilique Saint-Sernin de Toulouse. Depuis le
xviie siècle, ce sarcophage porte le nom de Guillem
iii Taillefer (952-1037), l'un des premiers comtes de Toulouse. La science permet de reconstituer son histoire.
L'ethnologue Jean Gabriel Gauthier décrit la cérémonie : « À mesure que les minutes passaient, une inquiétude grandissait : et si le sarcophage était vide ! […] bientôt un silence s'établit, seulement troublé par le crissement des câbles sur les poulies, le crépitement des flashs, le ronronnement des caméras de télévision. Lentement hissé par les ouvriers, le lourd couvercle de marbre s'élevait et chacun retenait son souffle. […] Sur un petit tas de poussières, un crâne était là, soigneusement posé. Si sa position, quelque peu surprenante du point de vue anatomique, inquiétait les archéologues et encore plus les anthropologues, sa présence rassurait, car elle répondait au vœu le plus immédiat : l'existence dans le sarcophage d'ossements que tout permettait d'attribuer au comte. »
La curiosité et l'excitation étaient grandes. Elles se sont mues en l'une des plus importantes démarches historique, archéologique et biologique qu'ait connues notre pays : des archéologues, des anthropologues, des historiens, des médecins légistes, des spécialistes du carbone 14 (pour dater les ossements), mais aussi des spécialistes des textiles, des pollens, des insectes et des cheveux, plus de 40 experts au total ont étudié pendant plusieurs années le contenu de ce sarcophage, qui faisait office de « tombeau de famille » parmi la classe régnante, vers l'an mil. Les chercheurs ont...