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Pour la Science N°349 - novembre 2006

synthese -

Un impact venu des profondeurs

Au cours des ères géologiques, la vie sur Terre a subi de grandes extinctions en masse. Certaines seraient dues à un puissant effet de serre et au dégagement de gaz toxiques – et non à la chute d'un astéroïde.
Peter Ward
Selon le philosophe et historien Thomas Kuhn, les disciplines scientifiques seraient semblables à des organismes vivants : au lieu d'évoluer lentement et progressivement, elles restent stables longtemps et subissent de rares révolutions marquées par l'apparition d'une nouvelle théorie (ou, dans le cas des êtres vivants, d'une nouvelle espèce). Cette description s'applique bien à mon domaine de recherche, les causes et les conséquences des extinctions en masse, ces périodes de bouleversement biologique où une grande proportion des espèces de la planète a disparu. Depuis que ces extinctions en masse ont été mises en évidence, il y a plus de deux siècles, les paléontologues ont d'abord cru qu'il s'agissait d'événements progressifs, dus à une combinaison de changements climatiques et de facteurs biologiques tels que prédation, compétition et maladies. Mais dans les années 1980, la compréhension des extinctions en masse a connu une révolution : l'équipe du géologue Walter Alvarez, de l'Université de Californie aux États-Unis, a avancé que la célèbre extinction qui a éliminé les dinosaures, il y a 65 millions d'années, avait été fulgurante. Cette crise aurait résulté de perturbations catastrophiques de l'écosystème après une collision d'astéroïde. Depuis, on a admis l'idée qu'un bolide venu de l'espace pouvait effacer une bonne partie de la vie sur Terre ; on a fini par attribuer au moins trois des cinq plus grandes extinctions en masse à ces impacts cataclysmiques.

Aujourd'hui, on pense cependant que ces extinctions ont d'autres causes. De nouvelles données géochimiques ont été extraites des couches géologiques qui délimitent les périodes d'extinctions en masse : ce sont des résidus chimiques nommés biomarqueurs organiques et produits par des formes de vie minuscules qui ne laissent pas de fossiles ; elles montrent que les extinctions en masse causées par une chute...

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© National Park Service

Des bactéries vertes et violettes prolifèrent dans ces eaux pauvres en oxygène et riches en sulfure d’hydrogène de la source chaude dite du Mammouth, dans le parc de Yellowstone.La surface des océans avait peut-être un aspect similaire lors des proliférations bactériennes proposées par l’auteur pour expliquer les extinctions massives.

L'auteur

Peter WARD travaille au Département des sciences de la Terre et de l'espace de l'Université de Washington, aux États-Unis.


Pour en savoir plus

L. Kump et al., Massive release of hydrogen sulfide to the surface ocean and atmosphere during intervals of oceanic anoxia, in Geology, vol. 33, pp. 397-400, mai 2005.

P. Ward et al., Abrupt and gradual extinction among late permian land vertebrates in the Karoo basin, South Africa, in Science, vol. 307, pp. 709-714, 4 février 2005.

L. Becker, Sur la trace des impacts cataclysmiques, in Pour la Science, n° 295, mai 2002.

Compléments

Effet de serre
               

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