Au début des années 1990, un insecte ravageur des cultures, la Chrysomèle des racines du maïs (Diabrotica virgifera), est introduit en Europe. Originaire d'Amérique centrale, elle est apparue près de Belgrade et a depuis envahi plusieurs pays. En France où elle a été repérée pour la première fois en 2002, la détection du ravageur a entraîné le déploiement de moyens de lutte considérables (voir Cultures en péril ? L'affaire de tous, par M. Barbier, G. Prete, I. Sache et F. Suffert, page 110) qui sont apparus disproportionnés aux yeux de certains. Pourtant, les sommes engagées étaient sans commune mesure avec les conséquences économiques prévisibles du laisser-faire avec cette espèce très envahissante qui peut diminuer les rendements de près de 80 pour cent.
En effet, les montants en jeu sont colossaux. En 1993, une première estimation des dommages causés aux États-Unis par 79 espèces envahissantes introduites faisait état de 97 milliards de dollars (68 milliards d'euros) de pertes en 85 ans. Une étude ultérieure, en 2003, prenant en compte dix fois plus d'espèces, parvenait à une valeur de 137 milliards de dollars (96 milliards d'euros) par an. La publication de ces premières évaluations chiffrées a favorisé le développement de recherches pluridisciplinaires et de politiques de lutte contre les bio-invasions. En Europe, une étude récente a livré une première estimation des dommages économiques et écologiques dus aux espèces invasives (voir l'encadré page 106).
Avant de détailler les conséquences économiques des bio-invasions et de préciser la portée de ces chiffres, soulignons que l'analyse économique des invasions biologiques ne se cantonne pas à une simple comptabilisation des effets. Elle peut et doit aussi contribuer à améliorer l'efficacité des stratégies de lutte. En effet, les causes d'introduction (commerce international, tourisme, etc.) et...