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Dossier Pour la Science N°65 - octobre - decembre 2009

fondamental
Écologie

Une espèce invasive, combien ça coûte ?

Les économistes qui s'intéressent à l'environnement et aux écosystèmes ont développé divers outils et méthodes grâce auxquels on peut chiffrer les dommages d'une bio-invasion, attribuer une valeur aux écosystèmes et aider aux politiques de lutte contre les espèces invasives.

Estelle GOZLAN et Alban THOMAS

Au début des années 1990, un insecte ravageur des cultures, la Chrysomèle des racines du maïs (Diabrotica virgifera), est introduit en Europe. Originaire d'Amérique centrale, elle est apparue près de Belgrade et a depuis envahi plusieurs pays. En France où elle a été repérée pour la première fois en 2002, la détection du ravageur a entraîné le déploiement de moyens de lutte considérables (voir Cultures en péril ? L'affaire de tous, par M. Barbier, G. Prete, I. Sache et F. Suffert, page 110) qui sont apparus disproportionnés aux yeux de certains. Pourtant, les sommes engagées étaient sans commune mesure avec les conséquences économiques prévisibles du laisser-faire avec cette espèce très envahissante qui peut diminuer les rendements de près de 80 pour cent.

En effet, les montants en jeu sont colossaux. En 1993, une première estimation des dommages causés aux États-Unis par 79 espèces envahissantes introduites faisait état de 97 milliards de dollars (68 milliards d'euros) de pertes en 85 ans. Une étude ultérieure, en 2003, prenant en compte dix fois plus d'espèces, parvenait à une valeur de 137 milliards de dollars (96 milliards d'euros) par an. La publication de ces premières évaluations chiffrées a favorisé le développement de recherches pluridisciplinaires et de politiques de lutte contre les bio-invasions. En Europe, une étude récente a livré une première estimation des dommages économiques et écologiques dus aux espèces invasives (voir l'encadré page 106).

Avant de détailler les conséquences économiques des bio-invasions et de préciser la portée de ces chiffres, soulignons que l'analyse économique des invasions biologiques ne se cantonne pas à une simple comptabilisation des effets. Elle peut et doit aussi contribuer à améliorer l'efficacité des stratégies de lutte. En effet, les causes d'introduction (commerce international, tourisme, etc.) et...

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La moule zébrée a causé cinq milliards de dollars de dégâts dans les centrales hydroélectriques et les canalisations de la région des Grands Lacs, aux Etats-Unis.

L'auteur

Estelle GOZLAN est économiste à l'inra, umr Économie publique, à Paris.

Alban THOMAS est directeur de recherche en économie à l'inra de Toulouse.

Pour en savoir plus

• M. L. Beauvais et al., Les espèces envahissantes dans l'archipel néo-calédonien. Un risque environnemental et économique majeur, IRD Éditions, 2006.

• M. Vilà et al., How well do we understand the impacts of alien species on ecosystem services ? A pan-European, cross-taxa assessment, in Frontiers in Ecology and the Environment, prépublication en ligne, 2009.

• A. Tu et al., Tarifs escalation and invasive species damages, in Ecological Economics, vol. 67(4), pp. 619-629, 2008.

• J. Turpie et al., Economic value of terrestrial and marine biodiversity in the Cape Floristic Region : implications for defining effective and socially optimal conservation strategies, in Biological Conservation, vol. 112, pp. 233-251, 2003.

• Ch. Costello et C. McAusland, Protectionism, trade and measures of damage from exotic species introductions, in American Journal of Agricultural Economics, vol. 85, pp. 964–975, 2003.

Compléments

La valeur économique totale


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